Posts Tagged 'Volition'

Red Faction: Guerrilla

Jaquette DVD de l'édition Xbox 360 PAL du jeu vidéo Red Faction: GuerrillaDepuis 50 ans et la chute d’Ultor Corporation, la Terre occupe Mars avec sa branche armée, l’EDF. Mais le libérateur d’hier est devenu l’oppresseur d’aujourd’hui, car les ressources se font rares sur la planète-mère, alors elle exploite celles de Mars et ses colons réduits à l’état d’esclaves. Fraichement débarqué de la Terre pour prendre un nouveau départ, Alec Mason est accueilli par son frère Dan. Mais quand celui-ci se fait tuer par l’EDF pour sédition, Alec devient un fugitif sans d’autre choix que de rejoindre à son tour la Red Faction…

En premier lieu, on trouve dans Red Faction: Guerilla le portrait d’une certaine Amérique. Celle du rêve et des espoirs, voire des illusions. Bref une Amérique fantasmée. D’abord à travers sa peinture d’une révolution contre un état oppresseur, métaphore évidente de celle que menèrent les colons anglais en 1776, et qui traduit une maturation nette du concept de base de la franchise : ici, les insurgés ne luttent plus contre une multinationale corrompue, symbole de la tyrannie du privé envers ses employés, mais contre celui censé les en protéger. Un revers surprenant puisque la coloration « rouge » de la Red Faction tend ainsi à s’édulcorer, même si on apprécie de voir le discours s’éloigner des tropes marxistes du titre original – cette série parle avant tout de liberté.

Screenshot du jeu vidéo Red Faction GuerrillaPar ses paysages ensuite, dont les dunes de sable entrecoupées de rocs et de falaises où des constructions simples forment des ilots de civilisation évoquent bien sûr cet Ouest peu à peu colonisé et qui reste encore synonyme d’Amérique pour beaucoup. D’ailleurs, on les parcourt autant à pied qu’en véhicule, ce qui renvoie à une autre image des États-Unis, ou plutôt un de ses produits caractéristiques, le road movie, dans lequel la route tient à la fois du thème et du sujet en plus du lieu de l’action. On l’arpente souvent, ici, au point qu’elle devient partie intégrante du paysage, du jeu, de l’expérience, et ses circonvolutions nous deviennent vite familières : très vite, on apprend à en maîtriser la moindre courbe pour en tirer le meilleur avantage.

Avec ses maraudeurs enfin, car ces descendants des chercheurs et des ingénieurs d’Ultor qui ont fui la civilisation afin de poursuivre dans l’isolation du désert leurs travaux de développement technique rappellent, eux, les natifs américains pour leurs mœurs tribales et leur méfiance systématique envers les colons. Comme tous les parias, ils vivent repliés sur eux-mêmes suivant des codes qu’eux seuls comprennent, ce qui devient l’occasion d’explorer un des arguments majeurs de la science-fiction, les modèles de société inédits, même si on aurait apprécié de voir la narration aller plus loin au lieu de se contenter de survoler un sujet pourtant riche, même si ce n’était pas là le propos du récit. Celui-ci, malgré tout, nous donnera l’occasion de voir ces maraudeurs de près, et même de très près.

Screenshot du jeu vidéo Red Faction GuerrillaArticulé tout entier autour de mécaniques de jeu dites open world, le titre propose là aussi une autre rupture, pour le moins bienvenue, avec les autres jeux de la franchise. La claustrophobie des couloirs et des salles fermées laisse donc ici place à un sentiment de liberté qui colle à merveille avec le thème central du récit, le complimente, voire l’amplifie. Il ne s’agit pas là pour les développeurs de céder aux chants d’une sirène du moment, pas seulement du moins, mais plutôt de donner enfin à Red Faction le décorum qu’il mérite, celui par lequel la franchise prend enfin toute son ampleur, voire même trouve son meilleur souffle. Par définition, la liberté ne peut souffrir de restrictions, et surtout pas celles de la technique. Vous ne resterez donc pas bloqué sur un mauvais passage…

Dans ce monde libre, de nombreuses missions vous attendent. Destructions de cibles, libérations de prisonniers, vols de véhicules, protections d’objectifs contre des raids de l’EDF,… Plus vous en remplirez et plus vous augmenterez le moral de la population en plus de réduire l’influence de l’occupant sur chaque zone, au nombre de six : les colons ainsi motivés par les succès de la Red Faction vous prêteront parfois main forte lors d’une mission, et une fois le contrôle de l’EDF sur une zone significativement réduit, celle-ci sera considérée comme libre. Procédez de même pour la suivante jusqu’à la libération totale de Mars. À noter que vous n’aurez nul besoin d’user de violence pour emprunter un véhicule à son propriétaire car celui-ci, reconnaissant en vous un libérateur, vous le cédera volontiers.

Screenshot du jeu vidéo Red Faction: GuerrillaOn peut aussi évoquer une implémentation intéressante de la technologie GeoMod caractéristique de la licence à travers des épreuves optionnelles sous forme de puzzles où vous devrez procéder à la destruction d’un building en un temps limite et à l’aide de certaines armes seulement : si la plupart restent plutôt simples, certaines demanderont une planification soigneuse et quelques-unes s’avéreront même particulièrement retorses pour vos méninges. Il vaut de citer aussi les missions de diversion durant lesquelles vous devrez attirer l’attention de l’EDF en massacrant la plus grande quantité possible d’unités adverses en un lieu donné ; à cet effet, on vous procurera le plus souvent un petit mecha pour une séquence de destruction totale particulièrement jouissive…

Une réussite incontestable du jeu vidéo de par sa variété mais aussi sa justesse dans le domaine du gameplay bac à sable, Red Faction: Guerrilla reste encore à ce jour l’opus de la série le plus abouti. Avec son récit prenant et ses missions hautes en couleurs que complimente à merveille sa technologie spécifique ici peaufinée à l’extrême, ce titre propose encore presque dix ans après sa sortie une expérience de jeu qui mérite d’être vécue.

Notes :

Trois DLCs sont disponibles. Demons Of The Badlands sert de préquelle et permet de jouer le personnage de Samanya à travers de nouvelles missions dans une zone inédite, Mariner Valley. Le Multiplayer Pack ajoute au multijoueur en ligne huit maps et deux modes de jeu, Bagman et Team Bagman, inspirés de Red Faction II. Enfin, le Smasher Pack ajoute au multijoueur local Équipe de démolition huit maps et un nouveau mode permettant d’utiliser des mechas du jeu.

La Red Faction: Guerrilla Collector’s Edition annoncée en septembre 2008 et qui devait comprendre entre autre une figurine d’un des mechas du jeu et un artbook n’a jamais été publiée mais certains contenus en ont néanmoins été rendus disponibles dans certains magasins pour des précommandes.

Un manuel du jeu a été publié au moment de la sortie du titre, qui contenait également un court comics réalisé par DC Comics revenant sur le personnage de Dan Mason et comment celui-ci devint membre de la Red Faction.

Depuis le 2 décembre 2014, le jeu est disponible sur Steam sous le titre Red Faction Guerrilla Steam Edition.

Sorti en 2011, le téléfilm Red Faction: Origins sert de séquelle directe à Guerrilla.

Red Faction: Guerrilla
Volition, Inc., 2009
Windows, PS3 & Xbox 360, env. 3 €

Publicités

Red Faction II

Jaquette de l'édition PC du jeu vidéo Red Faction IIIl y a quelques années à peine, Alias et ses cinq camarades comptaient encore parmi les Forces spéciales de la République du Commonwealth aux ordres du Chancelier Victor Sopot. Mais après que celui-ci eut fait d’eux des surhommes grâce à la nanotechnologie, il prit peur et les condamna tous à mort. Sous le nom de l’« Escadron », ils travaillent à présent avec la Red Faction pour lutter contre leur ancien maître et son régime militariste : ce soir, c’est décidé, ils vont mettre un terme à sa tyrannie…

Comme son titre l’indique, Red Faction II se place dans la dynamique des séquelles de titres à succès en prolongeant l’aventure de Red Faction (Volition, Inc. ; 2001), ou plutôt il nous en propose une sorte de continuité car on trouve en fin de compte assez peu de rapport entre le jeu original et sa suite. Par exemple, toute l’action de cette dernière se déroule sur la Terre et non sur Mars ; quant à votre personnage, et comme vous avez pu le lire dans le synopsis ci-dessus, il n’est pas membre de la Red Faction à proprement parler ; enfin, l’ennemi n’est pas une corporation aux méthodes inhumaines mais une nation dirigée d’une main de fer par un tyran.

En fait, tout porte à croire que Red Faction II était au départ un projet de jeu bien distinct du premier Red Faction et dont les développeurs de Volition ont juste changé le titre et adapté certains détails pour en faire une séquelle à leur dernier succès. Mais ceci reste pure supputation personnelle de ma part… Quoi qu’il en soit, ces deux titres partagent bien assez de qualités pour se voir comparés l’un à l’autre. La première à venir à l’esprit est bien sûr la technologie Geo-Mod pour laquelle Red Faction fit beaucoup parler de lui deux ans à peine plus tôt ; hélas, il s’avère que celle-ci se trouve bien moins exploitée dans cette suite que dans l’original – qui pourtant présentait déjà des lacunes certaines sur ce point…

Un autre point commun, beaucoup plus plaisant celui-ci, concerne le rythme de jeu : rapide, fluide, agréable,… Red Faction II reste un titre plutôt « facile » dans le sens où vous ne devrez pas retenter des passages épineux cinq ou six fois d’affilée pour avancer dans votre partie – ce qui est toujours appréciable, surtout si comme moi vous faites partie de ces joueurs qui n’ont rien à se prouver et qui jouent pour le plaisir de jouer sans tenter de surpasser quelque limite personnelle que ce soit. Ce qui ne veut pas dire que Red Faction II se résume à une ballade dans le parc pour autant, car vous y trouverez bien des occasions de tirer tout leur jus de vos réflexes comme de votre précision.

Mais qui dit « Red Faction » dit aussi « gros véhicules bien armés » et cet opus ne vous décevra pas là-dessus. Si les passages à bord d’engins lourds tels que navette d’intervention ou tank restent plutôt dans les limites du rail shooter, dans le sens où vous ne contrôlez pas les mouvements de votre véhicule et vous contentez de tirer sur vos cibles, on vous donnera néanmoins la possibilité de faire un tour en sous-marin – ce qui vous rappellera certainement quelques bons souvenirs – mais aussi aux commandes d’un scaphandre blindé et méchanisé – ce qui, quoi qu’en disent certains, reste toujours un plaisir.

Sur le plan des améliorations, on peut citer la possibilité d’utiliser deux armes à la fois – une dans chaque main, donc – mais aussi une puissance accrue des armes de démolition – pour davantage d’effets spéciaux. Le scénario, enfin, s’avère assez dense et propose notamment un retournement de situation complet en plein milieu de la partie – qui ne surprendra toutefois pas tout le monde… En revanche, on ne peut plus cacher les corps des ennemis abattus et il n’y a aucun passage orienté infiltration, juste de l’action pure – ce qui n’est pas un défaut pour tous les joueurs…

Au final, Red Faction II propose un divertissement sans prétention et, surtout, agréable : titre à la fois solide et bien équilibré, qui conserve une variété dans la veine du Red Faction original, ce jeu s’affirme comme une réalisation de bonne facture qui ravira les fans de l’original et satisfera pleinement les nouveaux-venus à la série.

Red Faction II
Outrage Entertainment, 2003
Windows, PS2, Xbox & Gamecube, env. 10 €

Red Faction

Jquette CD du jeu vidéo Red FactionFin du XXIe siècle. L’exploitation des ressources minières de Mars dépend de la corporation Ultor qui règne en maître absolu sur la planète rouge : elle attire la main-d’œuvre terrienne en promettant bons salaires et aventure, mais en réalité les exploite jusqu’à la mort. Alors la révolte s’organise pour renverser le tyran, sous le nom de Red Faction. Jeune terrien désireux d’un nouveau départ, Parker s’épuise dans les mines comme beaucoup d’autres, jusqu’à ce qu’un de ses collègues soit abattu sans raison par un garde d’Ultor…

Red Faction reste bien connue pour sa technologie Geo-Mod (1), à l’époque souvent qualifiée de révolutionnaire par de nombreux spécialistes : elle permettait en effet au joueur de modifier en temps réel la géométrie qui constituait les niveaux du jeu au cours de la partie, ce qu’on appelle des « environnements destructibles » – par exemple pour se frayer un chemin à travers un mur autrement infranchissable, ou bien pour détruire un pont afin de faire tomber dans le vide un poursuivant, et bien d’autres choses aussi pratiques qu’amusantes… Si Red Faction reçut quelques critiques pour n’avoir en fin de compte pas assez exploité cette fonction, elle reste de nos jours considérée comme une avancée majeure dans le secteur du jeu vidéo que bien des titres actuels implémentent à différents niveaux.

Quant aux mécaniques de jeu elles mêmes, elles se montraient tout à fait dans l’air du temps mais parvenaient malgré tout à conserver un niveau d’action soutenu : si de nombreux passages du titre s’inspiraient beaucoup des exercices intellectuels à l’époque bien en vogue suite à l’immense succès d’Half Life (Valve Corporation ; 1998), mais en les maintenant à un niveau supportable pour les joueurs peu friands de ce type d’épreuve, Red Faction proposait aussi quelques phases d’infiltration exigeant discrétion et finesse au lieu de précision et agressivité, ainsi que la possibilité de piloter des véhicules – une fonction bien rare à l’époque, et qui s’est imposée depuis comme un standard – avec autant de variété que des engins terrestres comme sous-marins ou même volants – et tous lourdement armés.

Mais Red Faction est aussi un titre au scénario élaboré, bien qu’un peu confus parfois, avec de nombreuses révélations et autres retournements de situation qui participaient beaucoup à maintenir le joueur dans le récit et son univers assez original sur le média des jeux vidéo. L’influence du film Total Recall (Paul Verhoeven ; 1990) sur ce point ne laisse d’ailleurs aucun doute – mais sans les questionnements sur ce qui définit une identité – et le joueur se retrouve très vite « recruté » par la Red Faction, ce groupe de résistance contre l’ordre tyrannique d’Ultor, pour libérer Mars du fléau qui exploite autant la planète que ses habitants : s’il ne s’agit pas là d’une grande idée, elle présente au moins le mérite de la rareté dans le secteur des jeux vidéo en général et des FPS en particulier.

Le tout servi par une réalisation de très bonne facture : les visuels proposent des environnements à la fois élaborés et variés, en dépit d’un éclairage qui pèche hélas trop souvent, ainsi que des designs aussi bien cernés qu’originaux et dont les formes s’éloignent beaucoup des boites à peine déformées qu’on voyait en général jusque là. Sans oublier les divers effets spéciaux et bruitages qui animent l’ensemble et lui donnent une vie… explosive.

Pour sa qualité de conception comme pour son récit et l’originalité de son univers, ainsi que ses mécaniques de jeu à la fois fluides et rythmées, Red Faction reste encore un titre tout à fait recommandable et dont les fans demeurent très nombreux.

(1) pour Geometry Modification : un moteur physique, c’est-à-dire un logiciel capable de simuler de manière réaliste les comportements mécaniques classiques tels que les collisions ou les chutes d’objets, développé par le studio Volition, Inc.

Notes :

Le succès commercial de Red Faction permit à Volition, Inc de développer une suite, Red Faction II, qui sortit en octobre 2002 ; la franchise devint une série avec un troisième opus, Red Faction: Guerrilla, en 2009. Un quatrième titre, Red Faction: Armageddon, est actuellement en développement.

La sortie de Red Faction en France se vit retardée à deux reprises : d’abord par Sony qui estimait n’avoir pas vendu assez de Playstation 2 pour que la mise sur le marché du titre soit rentable ; ensuite parce que la traduction en français avait pris du retard.

Red Faction descend en fait de Descent 4, un projet ambitieux dont le développement s’avéra trop long et trop coûteux pour être finalisé ; il se vit annulé peu après que THQ ait racheté Volition, Inc. Les divers éléments développés pour ce projet deviendront finalement Red Faction.

Le nom Red Faction du groupe de résistance à la corporation Ultor s’inspire de celui de l’organisation terroriste allemande d’extrême gauche Fraction armée rouge (Rote Armee Fraktion) qui opéra de 1968 à 1998. On la surnomma entre autres « Bande à Baader ».

Red Faction
Volition, Inc., 2001
Windows, Mac OS & PS2, env. 7 €


Entrer votre e-mail :

Publicités