Posts Tagged 'voyage dans le temps'

Star Trek: Enterprise

Visuel de promotion pour la série TV Star Trek: Enterprise

Près d’un siècle après le Premier Contact (1), les relations entre les humains et les vulcains restent tendues. Si les premiers estiment leur temps venu d’explorer les étoiles, les seconds ne jugent pas leurs alliés prêts à s’aventurer dans l’espace profond. Mais une crise soudaine avec les klingons pousse Starfleet à envoyer le tout nouveau vaisseau Enterprise sur Qo’noS. Personne ne sait alors que cette expédition va participer à déclencher une guerre à travers le temps même…

À l’exercice toujours délicat de la préquelle, je crois pouvoir dire que Star Trek: Enterprise s’en tire malgré tout avec les honneurs. De par sa scène politique assez complexe d’abord, où les terriens se trouvent en quelque sorte inféodés aux vulcains et qui donne à ces derniers un aspect qu’on ne leur connaissait pas, ou mal. Puis pour son concept de guerre temporelle qui, chose inédite, permet de suggérer au moins un futur assez lointain de l’univers Star Trek. Pour sa troisième saison surtout, qui raconte une autre guerre, ouverte celle-ci, avec les Xindi et au cours de laquelle bien des héros se saliront les mains. Enfin, pour sa dernière partie, dont les arcs narratifs distincts reviennent avec élégance sur des thèmes caractéristiques de Star Trek.

En fait, Enterprise ose aller là où aucun homme n’est jamais allé : dans ces zones sombres d’un futur bien connu pour son optimisme parfois un brin béat, voire franchement naïf, qui valut bien des critiques, pas toujours mal inspirées d’ailleurs, à une franchise qui reste pourtant un des meilleurs exemples sur le petit écran de ce que la science-fiction peut offrir. Ici, la Fédération des Planètes Unies n’est même pas un songe pour commencer et personne ou presque ne sait quoi que ce soit des dangers tapis entre les étoiles, tout préoccupés qu’ils se trouvent à découvrir des mystères. Cette candeur laissera peu à peu place à des considérations plus adultes alors que, paradoxalement, le récit s’oriente vers cet avenir radieux déjà mentionné.

Bien sûr, qu’Enterprise soit arrivée sur les écrans plus de 30 ans après Star Trek (Gene Roddenberry ; 1966) explique la plus grande partie de cette maturation : la télévision d’aujourd’hui peut se permettre d’aborder des thèmes jadis proscrits, et même si la série originale, déjà, avait su briser certains tabous. Mais quand on aborde de front des choses telles que l’homosexualité, le viol, l’addiction, la torture ou la piraterie, on s’attend à bousculer des sensibilités – or, c’est bien le propre d’une œuvre d’art de susciter, voire de provoquer des émotions… Bien sûr, des spécialistes de la franchise hurlèrent au scandale en raison de divers retcons et autres facilités narratives ; d’autres se contentèrent d’apprécier les récits.

Car voilà de quoi il s’agit : d’histoires. Et si aucune d’entre elle ne restera un classique, sauf peut-être pour la guerre contre les Xindis déjà évoquée, aucune ne laissera vraiment indifférent. Pour toutes ces raisons, mais aussi toutes celles que j’oublie, passer à côté d’Enterprise paraît dommage : même s’il s’agit de la plus faible des séries Star Trek à ce jour, elle reste malgré tout du bon Star Trek.

On ne boude pas ce genre de plaisir.

(1) événements relatés dans le film Star Trek: Premier Contact (Jonathan Frakes, 1996).

Notes :

Star Trek : Enterprise s’appelait Enterprise tout court jusqu’au troisième épisode de la troisième saison.

Avec seulement quatre saisons, Star Trek : Enterprise reste la plus courte série Star Trek après la série originale de 1966.

Cette série est la première, et unique à ce jour, de la franchise Star Trek à présenter un générique chanté au lieu d’instrumental.

L’annulation de Star Trek : Enterprise en février 2005 marque la fin d’une présence ininterrompue de 18 ans de la franchise à la télévision américaine.

Star Trek : Enterprise, Rick Berman & Brannon Braga, 2001
Paramount Television, 2001-2005
4 saisons, env. 50€

– la page officielle de Star trek : Enterprise sur StarTrek.com
– d’autres avis : Les Téléphages anonymes, ASS, Le Monde de Neko-elfie

Universal War One

Couverture de l'édition intégrale de la BD Universal War One2058 – Entre Saturne et Jupiter, au cœur des jeunes États les plus prospères de la Fédération des Terres Unies, la troisième flotte de l’United Earthes Force veillait inlassablement sur la périphérie du système solaire. Elle assurait par son gigantisme un incroyable sentiment de sécurité à ses habitants.

Mais LE MUR est apparu.

Si grand, si sombre.

Insondable.

C’est à une escadrille d’officiers en cour martiale qu’échoit la périlleuse mission d’en percer les secrets… Et ce sera au péril de leurs vies.

Ici commence la Première Guerre Universelle.

Il y a dix ans maintenant, depuis la parution du sixième et dernier volume de cette série dont le premier sortit huit ans plus tôt, qu’Universal War One compte parmi les grandes réussites de la science-fiction sur le média de la BD francophone – et peut-être même de la BD tout court. Avec son scénario échafaudé dans les moindres détails, ses personnages plus ou moins sociopathes et son intrigue maîtrisée à la perfection, cette œuvre-phare de Denis Bajram rappelle à bien des égards le monumental Watchmen (1986) d’Alan Moore et Dave Gibbons. Quant au thème toujours délicat du voyage dans le temps, il s’orchestre ici sans aucun paradoxe, rejoignant ainsi les grands textes du genre comme le célèbre Vous les zombies (Robert A. Heinlein, 1959).

Universal_War_One_illus1Bien sûr, école franco-belge oblige, on ne trouve pas ici cette maîtrise de la prose typique de Moore, qui enrichit la partie artistique de manière fondamentale avec des textes illustrant les pensées des protagonistes et qui contribue de façon décisive à l’immersion du lecteur. De même, on peut regretter que la partie documentaire, faute d’un meilleur terme, qu’on trouve à la fin de chaque chapitre de Watchmen ne prend ici que deux pages car on aurait apprécié d’en savoir plus sur cet univers, même si celui-ci se montre somme toute assez classique. Il y a par contre une certaine dimension politique dans cette dénonciation du rôle des multinationales sur la scène internationale que chacun de nous connaît bien à présent.

Mais il ne s’agit pas de faire un faux procès à UW1, car toute sa force se trouve bel et bien dans son orchestration, montrant ici une maestria beaucoup trop rare, d’un des thèmes qui comptent à la fois comme les plus répandus et les plus difficiles à maîtriser de la science-fiction. D’abord parce qu’il s’agit d’un des plus anciens du genre et qu’on en trouve des exemples plus qu’à foison, de sorte que parvenir à se montrer original relève déjà de l’exploit ; ensuite parce que la structure même des récits de voyage dans le temps, d’une malléabilité sans aucune mesure avec celle des autres thèmes principaux du genre, augmente considérablement les probabilités de générer une incohérence, ou paradoxe – inutile de citer des exemples…

Universal_War_One_illus2Bajram navigue donc sur ces eaux capricieuses en parvenant à éviter ses deux principaux récifs, ce qui pousse déjà à l’admiration, et s’il ne renouvelle pas le thème du voyage dans le temps en le poussant vers une nouvelle évolution, comme le firent en leur temps Poul Anderson (1926-2001) avec ses récits de La Patrouille du temps (Guardians of Time, 1960), et Isaac Asimov (1920-1992) dans La Fin de l’Éternité (The End of Eternity, 1955), il illustre malgré tout à merveille un concept très peu utilisé : le continuum espace-temps comme un tout cohérent, où le temps totalise tous les voyages y ayant eu lieu au moment du récit ainsi que tous ceux qui y auront lieu à l’avenir.

Formulé autrement, aucun personnage ne modifie quoi que ce soit. Tous obéissent de fait à une histoire déjà écrite et sur laquelle leurs plus petites décisions s’inscrivent en réalité dans un ordre naturel des choses qu’ils ne peuvent impacter puisqu’ils en ignorent les tenants et les aboutissants. Pour paraphraser Ursula K. Le Guin dans son très recommandable La Main gauche de la nuit (The Left Hand of Darkness, 1969), nous ne sommes libres de nos actes que tant que nous en ignorons les conséquences – ou encore : connaître son futur revient à perdre sa liberté. Ainsi l’antagoniste du récit, pour sa folie autodestructrice, ou quelque chose de cet ordre, rappelle beaucoup le personnage d’Ozymandias dans le Watchmen déjà cité.

Universal_War_One_illus3Outre que le récit exposé démontre des qualités scénaristiques rarement égalées, un tel postulat présente aussi le mérite d’éviter de recourir à l’astuce toujours un peu facile, sinon franchement douteuse de l’univers parallèle contenant une autre version de l’histoire connue : ce genre de procédé narratif ne convainc plus personne depuis longtemps, et surtout pas un connaisseur du genre, d’une part, et d’autre part il paraît tout de même pour le moins ardu de concilier avec les lois physiques l’idée d’un univers qui se dédouble tout entier à chaque décision de ses habitants, soit à chaque seconde au moins, et d’autant plus que chacun de ces doubles devrait en enfanter un autre à la même allure lui aussi – Lavoisier (1743-1794) ne me contredira pas.

Il y a dix ans, donc, qu’UW1 trône au panthéon de la BD de science-fiction. Si grand, si sombre, et presque aussi insondable que ce MUR à partir duquel se déploie un récit hors normes où des personnalités tordues s’affrontent dans un monde au moins aussi malade. Le succès critique se doublant du commercial, cette courte série engendra un rejeton, Universal War Two, dont le premier tome sortit il y a trois ans.

Mais ceci, comme il se doit, est un autre voyage…

Universal_War_One_illus4

Universal War One, Denis Bajram, 1998-2006
Quadrants, collection Quadrant Solaire
72 pages, env. 15 €, 6 volumes

– le site officiel de Denis Bajram
– le site officiel de la série

Le Visiteur du futur

Jaquette DVD de la première saison de la web-série Le Visiteur du futurAD 2550 : suite à une série de catastrophes, la Terre est en ruines ; dans les décombres de la surface, les survivants affamés le disputent aux zombies cannibales alors que dans les sous-sols règnent des nécrophiles dégénérés. Un homme presque seul, à peine épaulé par un ami savant aux origines mystérieuses, va tenter de sauver le monde en se lançant dans un projet fou : à l’aide d’une machine à voyager dans le temps, il va tout faire pour réécrire l’histoire – y compris, et surtout, le pire…

Avec le thème du voyage dans l’espace, souvent considéré par les profanes comme la quintessence de la science-fiction, celui du voyage dans le temps reste un des plus populaires du genre. Une raison plausible du succès de ces deux sujets en particulier tient peut-être à ce qu’ils couvrent à eux seuls l’ensemble de la réalité passée, présente et à venir, soit la quasi totalité des possibles et donc un éventail de potentialités narratives infini ou presque. Quant aux diverses variations de la matière du voyage dans le temps, ou plutôt son évolution depuis le roman La Machine à explorer le temps (H. G. Wells ; 1895), qui inventa le thème, j’ai eu l’occasion de les évoquer dans ma chronique d’un autre roman, La Fin de l’Éternité (Isaac Asimov ; 1955), qui demeure peut-être l’itération la plus aboutie sur le sujet ainsi qu’un des deux meilleurs livres de son auteur.

De son côté, la mode des web-séries se présente comme un phénomène récent dont la popularité semble proportionnelle à l’amateurisme de ces productions : on peut croire, en effet, que les moyens techniques et financiers pour le moins limités qui caractérisent ce type d’œuvre jouent un rôle crucial dans leur appréciation auprès d’un public blasé par les créations à plus gros budget, celles-ci souffrant par là même d’un certain formatage afin d’assurer à leurs producteurs le succès nécessaire pour rentrer dans leur investissement. Ainsi, les web-séries doivent-elles s’articuler autour d’une originalité de traitement, de ton, d’humour,… bref d’une personnalité sans aucune mesure possible non seulement avec les séries télé classiques mais aussi avec les autres web-séries. Parmi les plus gros succès de ce nouveau média, on peut citer Noob (Fabien Fournier ; 2008), Flander’s Company (B. Gilliet & R. Pomarede ; même année) ou Nerdz (D. Mourier, D. Richard & M. Poulpe ; 2007).

Le Visiteur du futur compte parmi les grands succès des web-séries françaises mais aussi, ce qui lui vaut un billet ici, parmi les créations contemporaines de science-fiction qui méritent qu’on en parle. Si dans un premier temps les différents épisodes s’articulent autour d’un comique de chute ou bien de situation somme toute assez classique bien que tout à fait réussi, le récit d’ensemble s’oriente néanmoins peu à peu vers un traitement plus subtil du voyage dans le temps, même s’il s’agit encore de la tournure narrative assez convenue où un protagoniste venu du futur tente d’éviter des catastrophes à venir (1). Par la suite, la narration montre plus d’originalité comme de profondeur, à travers des thèmes tels que l’uchronie et les univers parallèles, sans oublier les aussi fameux qu’inévitables paradoxes temporels qui, à force de multiplier les aller-retours dans le temps en nous piégeant dans nos raisonnements et en poussant le récit jusque dans ses extrémités les plus folles, restent peut-être encore à ce jour une des formes les plus abouties de la science-fiction (1).

Mais on peut aussi évoquer les splendides qualités littéraires et d’interprétation de cette œuvre décidément hors-norme sous bien des aspects. Car outre des prestations d’acteurs souvent bien supérieures à la moyenne des web-séries, Le Visiteur… présente une écriture finement ciselée, pleine de retournements de situation, de coups de théâtre, de révélations et de suspens tous aussi bien amenés les uns que les autres et à l’efficacité sans faille sur le plan narratif tout en se montrant hilarants en général, ce qui ne gâche rien. Pour toutes ces raisons, cette production s’affirme comme un véritable plaisir à suivre, tant sur le plan de la simple distraction que sur celui de l’émotion pure : on s’attache en effet très vite aux différents personnages, de par leurs tribulations comme de par leurs relations souvent compliquées, bien sûr, et de par leur évolution qui réserve leur lot de surprises.

À dire le vrai, tout ce qu’on peut regretter, et encore seulement dans la troisième et dernière saison complétée à ce jour, concerne une augmentation de moyens techniques, et vraisemblablement financiers, qui tendent à gommer l’aspect amateur de cette web-série tout en la rendant plus formatée, faute d’un meilleur terme : se dépouillant ainsi peu à peu de ce qui lui a peut-être valu une partie de son succès au moins, on peut craindre que la personnalité de cette création finisse par s’étioler au fil du temps.

Mais ça, seul le futur nous le dira…

(1) Jacques Goimard, Temps, paradoxes et fantaisie, préface à Histoires de voyages dans le temps (Le Livre de poche, collection La Grande anthologie de la science-fiction n° 3772, 1975, ISBN : 2-253-00769-2).

Notes :

D’abord publiée sur Dailymotion, la première saison du Visiteur… se vit ensuite diffusée sur la chaîne Nolife. Depuis, les trois saisons de la série sont disponibles sur les principaux sites de partage de vidéos mais aussi dans le commerce, sous forme de coffrets DVD édités par Ankama.

La troisième saison, lancée en novembre 2012 et intitulée Les Missionnaires, est à ce jour la dernière complétée mais aussi la première produite par Ankama.

Le premier épisode de la quatrième saison, Neo Versailles, encore produite par Ankama, doit sortir le 19 janvier 2014.

Le Visiteur du futur, François Descraques, 2009
Ankama, 2011
3 saisons complétées à ce jour

– le site officiel du Visiteur du futur
Frenchnerd, le blog de François Descraques
– d’autres avis : Passe moi le popcorn !, Krinein, Série-All, Le Point du geek

Universal War Two : le trailer

La présentation détaillée sur Actua BD

Hypérion

Couverture du premier tome de l'édition de poche du roman HypérionQuand les sept pèlerins se posent à Hypérion, le port spatial offre un spectacle de fin du monde. Des millions de personnes s’entassent derrière les grilles : les habitants de la planète sont sûrs que le gritche va venir les prendre et ils veulent fuir. Mais l’Hégémonie ne veut rien savoir. Une guerre s’annonce et les routes du ciel doivent être dégagées. Et tout ce que le gouvernement a trouvé, c’est d’envoyer les sept pèlerins. La présidente le leur a dit d’emblée : « Il est essentiel que les secrets des Tombeaux du Temps soient percés. C’est notre dernière chance. » Mais les pèlerins n’y comprennent rien, et ne se connaissent même pas !

Heureusement, le voyage leur permettra de se rapprocher. Chacun raconte son histoire, et l’on s’aperçoit vite que nul n’a été pris au hasard. Celui qui a fait la sélection, au fil des confidences, parait avoir fait preuve d’une lucidité… diabolique. Et d’une cruauté… raffinée !

Rédiger la chronique d’un ouvrage de la trempe de Hypérion présente comme première difficulté de trouver par quoi commencer : les œuvres de ce calibre, en effet, se caractérisent entre autres par une densité tant narrative que thématique pour le moins hors norme. Sous bien des aspects, d’ailleurs, cette densité constitue souvent leur point fort, celui qui en fait des productions à part des autres, qui les fait compter parmi les plus brillantes et les plus époustouflantes – en un mot : les plus marquantes. Pour ce faire, elles prennent souvent un aspect d’anthologie, faute d’un meilleur terme, dans le sens où elles mêlent les genres et les thèmes les plus éculés non seulement sous un seul et même titre mais aussi d’une manière tout à fait novatrice ou bien, à défaut, personnelle – ce qui revient un peu au même.

Pour cette raison, on les qualifie souvent de chef-d’œuvre. Non au sens du terme désignant une production dont les qualités la rendent indescriptible, elle-même ou bien l’effet qu’elle produit sur son lecteur, puisque un tel jugement reste malgré tout très empirique, mais plutôt dans le sens donné à une œuvre qui représente un pinacle dans un secteur particulier. Ici, la science-fiction. Toute la question consiste donc à savoir de quelle science-fiction il s’agit, car ses sous-genres ne se comptent plus. Pêle-mêle, on pourra citer ici le space opera, le cyberpunk, le transhumanisme, l’intelligence artificielle, l’empire galactique, ou en tous cas la civilisation à l’échelle galactique, le cyberespace, la nanotechnologie, la dévastation de la Terre, le voyage dans le temps, au moins implicitement,… et la liste ne se veut en aucun cas exhaustive.

À vrai dire, Hypérion exploite à lui seul toutes les principales branches de la science-fiction, c’est-à-dire ses principaux classiques. Ainsi, le connaisseur y distinguera les influences de Fondation (Isaac Asimov ; 1951) comme de Dune (Frank Herbert ; 1965) ou de Neuromancien (William Gibson ; 1984), soient les indispensables de chacune des périodes clés du genre ; mais on y retrouve aussi, au moins de manière sous-jacente, la plupart des autres œuvres majeures qui tournent autour des trois citées ici, celles qui ont fait de la science-fiction ce qu’elle est à présent. Ou plutôt ce qu’elle était à la toute fin des années 80, époque où fut écrit Hypérion : la différence est de taille, car la science-fiction a poursuivi son évolution depuis comme le savent tous les spécialistes – c’est le propre de ce genre de changer d’aspect…

Mais c’est aussi une histoire profondément humaine, encore que je devrais plutôt dire six histoires et non une seule. Hypérion, en effet, s’articule également autour du thème des narrateurs multiples dont le récit de chacun constitue une pierre supplémentaire à un édifice dont le lecteur ne parviendra jamais à distinguer le sommet. Pas tout à fait, du moins : cette œuvre trouve d’ailleurs là une partie de sa force – celle bâtie sur l’imagination de son audience… À sa manière tout à fait unique, chacun de ces narrateurs saura se montrer singulièrement humain, c’est-à-dire aussi attachant que peut le devenir un personnage fictif. Car aucun de ces six pèlerins envoyés sur Hypérion n’y était déjà venu auparavant, et les traces qu’ils y avaient laissées réclament à présent leur tribut…

Couverture du second tome de l'édition de poche du roman HypérionUn tribut dont le prix pour le moins élevé fait osciller chacun d’eux du statut de bourreau à celui de victime, mais aussi de héros à mécréant. En bref, le genre de récit où les guerriers se confondent aux poètes et les érudits aux rustauds, ou quelque chose comme ça. Dan Simmons, ici, se régale à brouiller les pistes pour nous servir au final ce qui reste encore à ce jour une des plus grandes œuvres de la science-fiction et même de la littérature tout court : en fait, le genre d’ouvrage à ne manquer sous aucun prétexte.

Séquelles :

Hypérion commence le cycle appelé Les Cantos d’Hypérion qui compte un total de quatre volumes dont chacun est divisé en deux pour son édition de poche. Après Hypérion on trouve La Chute d’Hypérion (1990), que suivent Endymion (1995) et enfin L’Éveil d’Endymion (1997). Comme souvent, hélas, la qualité de chacun de ces tomes supplémentaires va en baissant, jusqu’à atteindre des profondeurs que le lecteur se trouvera bien inspiré d’éviter…

Récompenses :

Hugo, catégorie roman, 1990
Locus, catégorie roman de Science-Fiction, 1990
Cosmos 2000, [sans catégorie], 1992
Seiun, catégorie Meilleur roman en langue étrangère, 1995
Tähtivaeltaja, catégorie Meilleure traduction finnoise d’un roman, 1998

Hypérion, Dan Simmons, 1989
Pocket, collection Science-Fiction n° 5578, février 2007
288 pages, env. 6 €, ISBN : 978-2-266-17327-8
&
Pocket, collection Science-Fiction n° 5579, août 2007
295 pages, env. 6 €, ISBN : 978-2-266-17747-4

– la préface de Gérard Klein
– le site officiel de Dan Simmons (en)
L’Infosphère : tout sur l’univers d’Hypérion
– d’autres avis : nooSFèreScifi-Universe, Bibliotheca
– sur la blogosphère : Traqueur Stellaire, Pierre-Yves Bastard, Littérature

Une Porte sur l’été

Couverture de la dernière édition de poche du roman Une Porte sur l'étéIl est le meilleur ingénieur de son temps. Il a inventé le robot à tout faire et créé l’usine qui le construit.

Mais le voilà dépossédé de tout par la trahison de son meilleur ami et de la femme qu’il aimait.

Il s’enfuit dans l’avenir au moyen du long sommeil.

Avec pour seul compagnon Petronius le Sage, le chat qui sait qu’en faisant le tour de la maison, il trouvera, en plein hiver, une Porte qui ouvre sur l’été.

Si on connaît bien Robert A. Heinlein pour ses récits à la fois réalistes et matures, on ignore souvent – ou bien on occulte – qu’il a aussi écrit une certaine quantité d’ouvrages plus légers, en général rédigés pour une audience jeune et qui avaient une vocation assez nettement éducative – ce qu’on appelle souvent les « juveniles ». Une Porte sur l’été présente comme particularité de n’appartenir ni aux uns ni aux autres ; sous bien des aspects, à vrai dire, c’est un roman assez unique, à la fois dans l’œuvre d’Heinlein comme dans le genre de la science-fiction : en fait, il s’approche surtout d’une certaine catégorie de récits classiques – le conte de fées, ou du moins quelque chose qui y ressemble sous plus d’un aspect.

Pourtant, il s’agit bien de science-fiction, et non de fantastique ou de fantasy. Il se trouve juste que la manière dont les divers éléments techniques du récit se juxtaposent les uns par rapport aux autres défie tant la suspension de l’incrédulité qu’on finit par se dire qu’il s’agit bien plus d’une fable que d’un roman – ce qui ne se veut absolument pas une critique, bien au contraire. On retrouve néanmoins en filigrane certains éléments assez typiques d’Heinlein, tant sur certains aspects techniques mineurs du récit que sur divers autres d’ordre social, ou assimilé, qui ne décevront pas ses admirateurs mais charmeront peut-être les nouveaux-venus à cet auteur. Les uns comme les autres, par contre, trouveront quelques occasions de rire.

Voilà pourquoi, en dépit de son statut d’ouvrage à part dans l’œuvre de son auteur, et malgré les reproches souvent assez acerbes qu’il reçoit, Une Porte… s’avère en fait un récit tout à fait recommandable, et peut-être même tout autant réussi que n’importe lequel des autres livres d’Heinlein, y compris les plus fameux, au moins à sa manière.

Et si en plus vous aimez les chats, vous serez comblé…

Une Porte sur l’été (The Door into Summer), Robert A. Heinlein, 1956
Le Livre de Poche, collection SF n° 31818, mai 2010
288 pages, env. 7 €, ISBN : 978-2-253-02340-1

Serious Sam : Premier Contact

Jaquette du jeu vidéo Serious Sam : Premier ContactAu XXIIe siècle, l’Humanité habite de nombreuses étoiles et son expansion dans l’univers semble sans limite. Jusqu’à ce qu’une entité venue de Sirius envahisse leurs mondes et, très vite, les terriens comprennent qu’ils ne font pas le poids… Mais l’un d’eux, Sam « Serious » Stone, fait preuve d’une résistance acharnée contre l’ennemi, aussi quand des chercheurs trouvent un moyen de remonter le temps pour combattre cet ennemi à sa source, le choix du candidat au voyage ne se pose pas…

À une époque où les jeux vidéo s’orientaient de plus en plus vers des titres « sérieux » – par exemple sur le plan du réalisme dans les mécaniques de jeu, ou bien en abordant certains sujets dans leur trame scénaristique, ou encore à travers une atmosphère très élaborée –, les développeurs de Croteam prirent ce terme de « sérieux » au pied de la lettre… en revenant le plus sérieusement possible aux racines même du genre FPS. Au départ une simple démonstration technologique pour leur moteur de rendu baptisé Serious Engine, et qui atteignait d’ailleurs des performances tout à fait admirables, Serious Sam devint vite un hommage assumé aux tout premier titres du genre, en particulier les cultes Doom et Duke Nukem 3D.

En bref, il s’agissait de se placer à l’opposé de la mouvance de l’époque : avec des mécaniques de jeu basées sur l’arcade pure, sans aucun scénario autre que l’enfilade de niveaux et dans une atmosphère qui reposait uniquement sur les capacités de son moteur de rendu, Serious Sam s’affirmait surtout comme un énorme pied-de-nez aux aspirations des productions du moment. Loin de toutes volontés artistiques, ou même intellectuelles – ou du moins revendiquées comme telles par certains développeurs –, mais au contraire en focalisant exclusivement sur le fun à travers un délire permanent et la bonne vieille recette du « syndrome de l’inflation » qui en rajoute toujours plus, Serious Sam n’aspirait à rien d’autre qu’à repousser les limites… du bon sens.

Voilà comment notre héros en tee-shirt et jean-baskets se retrouve dans l’Égypte antique à massacrer avec des armes toutes plus destructrices les unes que les autres des hordes de monstruosités venues d’autres mondes à travers des dimensions inconnues. Et j’utilise le terme « horde » avec le plus grand sérieux : ce sont effectivement des dizaines et des dizaines d’ennemis qui se jetteront contre vous en même temps ; en quelques vagues d’attaques et à une poignée de secondes d’intervalle, ils friseront même des centaines. Et si vos armes se trouveront à la hauteur de la situation, vous aurez grand intérêt à savoir vous déplacer pour éviter des attaques qui viennent le plus souvent de toutes les directions à la fois – y compris du ciel…

Voilà comment, sans chercher à innover le moins du monde mais bien au contraire en poursuivant le plus loin possible les mécaniques de jeu éprouvées jusqu’au stade de valeur sûre de n’importe lequel de ses prédécesseurs classiques, Serious Sam proposait malgré tout une expérience entièrement nouvelle – aucun titre n’était jamais allé aussi loin dans le domaine du n’importe quoi : comme de faire attaquer notre héros par des kamikazes hurlants (mais sans tête…), ou bien des troupeaux entiers de buffles furibards ou de crapauds gros comme des molosses. Et je ne vous ais pas encore parlé du boss de fin aussi grand que la tour Effeil

Mais c’est aussi là que Serious Sam trouvait sa limite, car une fois passé les premiers instants où se succèdent surprise, peur, amusement, puis fou rire, c’est bien sûr l’ennui qui vient devant autant de répétitivité… Il faut dire aussi que face à de tels adversaires, qui arrivent en groupes aussi compacts dans des niveaux aussi ouverts et plats, le skill du joueur importe en fin de compte assez peu : quel que soit l’endroit du groupe où on tire, et pourvu qu’on parvienne à conserver une ligne de tir à peu près horizontale, on est certain de toucher quelque chose qui rapporte des points.

De sorte que l’attrait du titre s’étiole en fin de compte assez vite, et d’autant plus que le level design reste plutôt sommaire en terme de jouabilité, ce qui n’arrange rien – en dépit de toutes les immenses qualités du moteur de rendu déjà évoquées. Au final, Serious Sam reste un titre rendu célèbre par sa démesure à travers une volonté évidente d’aller à l’encontre des tendances créatives de l’industrie de l’époque.

Si ça ne le sauve pas complètement, ça contribue néanmoins à lui attirer les bonnes grâces d’un certain public. Et quoi qu’il en soit il demeure une production devenue classique, qu’aucun joueur digne de ce nom ne saurait manquer.

Récompenses :

GameSpot : Game of the Year (PC) en 2001
IGN : Editor’s Choice
IGN Action Vault : Outstanding Achievement in Technology & Surprise of the Year, tous deux en 2001

Notes :

Le succès de Serious Sam lui valut une descendance nombreuse à travers spin off, séquelles, portages sur consoles et même remakes. Second Contact, sorti sur PC en 2002, poursuit l’aventure du premier opus et se vit porté, avec des modifications significatives, sur Playstation 2 et GameCube en 2004 sous le titre de Next Encounter ; sorti la même année, Serious Sam Advance est un autre spin off, mais pour la Game Boy Advance. C’est seulement en 2005 que sortit sur PC et sur Xbox l’unique véritable séquelle du titre original, Serious Sam 2, développé sur le Serious Engine 2. Quant aux remakes des deux premiers jeux de la série, ils sortirent sur PC et Xbox 360 l’an dernier et cette année sous les titres respectifs de Serious SAM HD: The First Encounter et Serious Sam HD: The Second Encounter. Le prochain opus est prévu, uniquement sur PC pour le moment, pour 2011 sous le titre de Serious Sam 3.

Serious Sam : Premier Contact
Croteam, 2001
Windows, à partir de 3 € (occasions seulement)

– le site officiel de Croteam
– site d’informations : Seriously! (en)


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