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Yoshikazu Yasuhiko au travail

Figurine au bêret basque représentant Yoshikazu YasuhikoNé en décembre 1947, Yoshikazu Yasuhiko abandonna ses études en 1967 et intégra le célèbre studio Mushi Production d’Osamu Tezuka en 1970, où il dessina notamment les chara designs de Nathalie et ses amis (1971), avant de rejoindre le studio Sunrise fondé en 1972 : c’est là qu’il obtint l’opportunité de travailler sur nombre de productions devenues depuis des classiques de l’anime.

Par exemple, il dessina le storyboard de Space Battleship Yamato (1974) puis créa les personnages de Yuusha Reideen (1975) et de Zambot 3 (1977), entre beaucoup d’autres. Mais c’est surtout son travail sur Mobile Suit Gundam (1979) qui lui permit d’atteindre la renommée – à son grand étonnement d’ailleurs car il n’a jamais eu une très haute opinion de cette production. Il a depuis dessiné l’ensemble des personnages de la franchise, tout en menant de front une carrière de mangaka : on lui doit en particulier les œuvres originales d’Arion (1979) ou de Venus Wars (1986) qui connurent chacune une adaptation en anime, réalisée par ses soins, respectivement en 1986 et 1989.

Outre son travail dans l’animation, dont une participation sur une adaptation du roman Croc-Blanc de Jack London et les réalisations du film Crusher Joe (1983) et de la série TV Giant Gorg (1984), il lui arriva aussi de faire des illustrations – comme pour les romans de science-fiction populaire plus tard adaptés sous forme de la série TV Dirty Pair (Dan & Danny, 1985). À partir de 1988, il se consacra presque exclusivement à sa carrière de mangaka – qui inclue des biographies de personnages historiques, tels que Jeanne d’Arc (1995) et Jesus (1997), ou encore Néron (1998) – mais continua néanmoins à travailler à l’occasion sur des animes ; ses derniers travaux marquants en date concernent Mobile Suit Gundam: The Origin, la troisième adaptation en manga de First Gundam, et les illustrations des romans originaux de Mobile Suit Gundam Unicorn qui connurent il y a peu une adaptation en OVA.

Mari comblé, vivant à Tokyo dans « une maison où il aimerait se trouver plus souvent » selon lui, il reste un homme humble et discret, ce qui est bien japonais. D’ailleurs, il se montre souvent surpris de recevoir une proposition à rejoindre un projet de production et il s’étend très peu sur ses divers rôles dans cette industrie.

La vidéo suivante a été produite par Marc Bernabé, auteur de Japanese in Mangaland, dans le cadre de sa série de vidéos Masters of Manga. Vous aurez l’occasion d’y voir en pleine action un auteur de grand talent qui n’a plus rien à prouver depuis longtemps…

Mobile Suit Gundam: The Origin, volume 8

Couverture de Gundam: The Origin vol.8Le White Base parvient enfin à Jaburo. Alors que Bright et Mirai font un rapport détaillé aux officiers de la base, l’équipage passe une visite médicale où Amuro subit des examens très poussés. L’État-major de la Fédération promeut beaucoup de membres d’équipage du White Base à divers grades, y compris les civils réfugiés. Seila reconnaît les médicaments que les chercheurs ont prescrit à Amuro et lui conseille d’abandonner ce traitement, ainsi que de ne plus se soumettre aux analyses des chercheurs…

Du côté de Zeon, Char et ses hommes infiltrent Jaburo alors que le chef de la garnison du secteur prépare une attaque par voie aérienne. Au petit matin, les jeunes protégés de Frau – Kikka, Letz et Katz – s’enfuient de la garderie et arrivent dans le hangar des mobile suits que la Fédération a produit en série à partir des performances du Gundam ; mais les commandos de Zeon ont farci ce bâtiment d’explosifs. Les enfants mettent les bombes dans un véhicule qu’ils parviennent à conduire hors du hangar : très vite, ils sont retrouvés par les adultes à leur recherche qui prennent la situation en main.

Pendant ce temps, les hommes de Char s’emparent d’une salle de contrôle d’un des portails d’accès de la base et ouvrent le passage à leurs camarades en divisions blindées et aéroportées. Mais ces derniers se heurtent aux mobile suits de la Fédération qui contre attaquent en masse. Perdus dans cette installation gigantesque qu’ils ne connaissent pas, les attaquants sont vite repoussés vers une zone de la base en travaux où ils tombent dans un piège sanglant improvisé par les officiers de Jaburo. Dans les docks, le commando dirigé par Char s’attaque aux vaisseaux parqués là : Amuro intervient et, avec l’aide de quelques soldats de Jaburo aux commandes de véhicules blindés, il parvient à repousser Char.

Alors que les derniers mobile suits de Zeon sont achevés, des soldats inspectent les alentours de la base pour s’assurer qu’il n’y subsiste plus aucun ennemi : ainsi Seila croise-t-elle Char, qui lui ordonne de quitter la Fédération et le bord du White Base au plus vite, sous peine de périr au combat elle aussi. L’arrivée de Mirai coupe court à leurs retrouvailles, et Char disparaît dans les ténèbres en laissant Seila seule avec ses pensées…

Si jusqu’ici nous avions eu l’occasion d’observer la Fédération que de façon indirecte, à travers les instructions que celle-ci faisait parvenir au White Base tout au long de son périple, ce tome nous donne enfin l’occasion de voir les choses de l’intérieur. Et la première idée qui s’en dégage est que les choses n’y sont pas forcément très différentes de chez Zeon

Par exemple, les tests médicaux que subit Amuro restent exempts de toute considération à l’égard du « patient » comme il devrait pourtant être le cas dans toutes les nations qui se réclament de la démocratie. Les habitués de la franchise ne s’en étonneront pas d’ailleurs, surtout ceux d’entre eux qui ont vu Zeta Gundam et qui savent très bien ce que les chercheurs de la Fédération ont pu faire à Rosamia Badam ou Four Murasame… Mais les expérimentations en sont encore ici à un stade assez embryonnaire de sorte qu’on peut ainsi constater le désarroi des savants fédéraux devant ce fameux « concept newtype » qui leur échappe totalement, du moins comparé à l’état des recherches à l’Institut Flanagan de Zeon dont il est du reste fait mention pour la première fois de l’histoire dans ce volume ; on ne s’étonne pas non plus de voir les chercheurs jeter le blâme sur les politiciens et les militaires, ce qui permet au passage de comprendre d’une part que la Fédération ne fait pas vraiment bien cas des progrès scientifiques et technologiques, et d’autre part qu’elle a encore une fois un sérieux train de retard sur ses ennemis : ainsi comprend-on mieux comment le Duché de Zeon a pu tenir la dragée haute à ses ennemis durant les deux premiers tiers de la guerre alors que la Fédération avait pourtant accès à bien plus de ressources, dans tous les sens du terme.

C’est aussi l’opportunité de voir d’un peu plus près ce qui trotte vraiment dans la tête d’Amuro et qui reflète bien les diverses angoisses du jeune homme passé en l’espace de quelques semaines à peine de simple lycéen à pilote d’élite, avec tout ce qu’implique un tel chemin nécessairement pavé de larmes et de sang ; un passage de la narration qui n’a d’ailleurs rien d’étonnant car, si on en croit le docteur Freud, les rêves servent entre autre d’exutoire aux angoisses et au stress en demeurant ainsi un des meilleurs remparts naturels contre les pathologies mentales. Mais la meilleure aide que reçoit Amuro vient encore de Seila car les études en médecine de cette dernière lui permettent de reconnaître le traitement prescrit par les chercheurs au pilote du Gundam comme un puissant psychotrope, c’est-à-dire une médication capable de modifier les perceptions, les sensations, l’humeur et la conscience, c’est-à-dire la personnalité et donc le comportement… À ce stade, il est devenu assez clair qu’Amuro est bien moins un patient qu’un cobaye ce qui en dit assez long sur les méthodes de la Fédération.

On en trouve un autre exemple, particulièrement flagrant, dans les diverses promotions attribuées à certains membres de l’équipage du White Base, et surtout celles qui échoient aux pilotes civils de mobile suits. En se retrouvant ainsi promus à un grade qu’aucun d’eux n’a demandé, ils font de facto partie de l’armée sans pour autant s’être portés volontaires. Ce qui n’est ni plus ni moins qu’un enrôlement de force, d’autant plus que ces civils sont tous mineurs et donc ne peuvent être appelés sous les drapeaux comme ce serait le cas lors d’une mobilisation générale. Bien sûr, ces jeunes gens ont eu accès à des éléments militaires classés top secret au cours de leur périple depuis Side 7, de sorte que l’État-major de la Fédération n’avait le choix qu’entre cet enrôlement forcé et une isolation – quelle que soit la forme de celle-ci – pour éviter toutes fuites de données sensibles vers des agents de Zeon mais le fait est qu’on ne leur a à aucun moment donné le choix, ce qui laisse pour le moins dubitatif de la part d’un état qui prétend combattre la tyrannie.

Aussi le comportement de Zeon peut-il étonner en comparaison, car au lieu d’user de la force pour extirper d’une tribu locale les renseignements nécessaires afin de s’infiltrer dans Jaburo, Char choisit de négocier avec le chef des autochtones : si ce n’est plus vraiment surprenant de sa part à ce stade du récit, ce détail souligne néanmoins davantage la complexité d’un personnage décidément bien en porte-à-faux des clichés du « méchant ». De plus, le dialogue entre Char et le chef de la tribu laisse clairement penser que la relation entre ces deux hommes est assez ancienne, ce qui cadre bien avec divers éléments de l’histoire présentés dans les tomes précédents et permet de constater que l’ensemble du scénario n’a pas été improvisé au petit bonheur la chance mais a au contraire été bel et bien échafaudé avec soin. Enfin, c’est aussi l’occasion de capter les premiers détails de la philosophie de Zeon Zum Deikun qui a, bien malgré elle, précipité la sphère humaine dans l’horrible tragédie qu’est la Guerre d’Un An. Mais les tomes suivants nous donneront quelques occasions d’examiner plus en détails cet aspect majeur du récit…

Signalons aussi, après un passage assez long impliquant les trois orphelins Kikka, Letz et Katz et qui se veut nécessairement comique ou en tous cas peu sérieux, comme il l’était déjà dans la série originale d’ailleurs, signalons le comportement pour le moins abject des pilotes de mobile suits de la Fédération après que la manœuvre ourdie par l’État-major de la base ait anéanti l’attaque de Zeon : en dépit des directives du Général Revil, les pilotes fédéraux ne montrent aucune compassion envers leurs ennemis pourtant de toute évidence incapables de riposter, et dont certains montrent même très clairement leur volonté de cesser toutes formes d’hostilités. C’est un massacre méthodique, froid et sans aucun scrupule – une extermination, donc – qui se produit dans les tréfonds des souterrains de Jaburo, ce qui en retour scelle de façon définitive l’opinion du lecteur sur le camp auquel appartiennent pourtant les principaux héros de l’histoire. À la décharge des pilotes fédéraux, on peut toutefois avancer l’hypothèse que ces hommes ont saisi l’occasion qui s’est présentée à eux de prendre enfin leur revanche sur cet ennemi qui, jusqu’à présent, s’était montré quasiment invulnérable ou en tous cas impossible à arrêter. La guerre, après tout, n’est jamais que le règne des passions les plus obscures et Gundam n’a jamais failli dans leur représentation…

Enfin, deux derniers éléments méritent d’être mentionnés. Le premier, plutôt anecdotique mais néanmoins assez intéressant, se trouve dans l’aspect désormais « légendaire » qu’a acquis le Gundam, tant auprès des soldats fédéraux que de ceux de Zeon : en effet, lors de la riposte des troupes de Jaburo, les attaquants confondent les mobile suits de la Fédération (des appareils de type GM – pour Gundam Mass-produced) avec le Gundam lui-même, ce qui a pour effet immédiat d’induire un sentiment de pure terreur chez les pilotes de la Principauté – terreur qui joue bien entendu un rôle non négligeable dans le succès des défenseurs. Ce détail de la narration démontre très bien combien les soldats de Zeon ont appris à craindre le mobile suit d’Amuro, ce qui est un revirement pour le moins spectaculaire après neuf mois de victoire écrasante contre la Fédération et à peine quelques semaines depuis l’entrée du Gundam dans la guerre. Le second élément à mentionner pour finir concerne une simple réplique de Seila à Char dans laquelle elle lui fait savoir qu’elle a compris pourquoi il travaille pour Zeon : s’il y a fort à parier que cette révélation ne laissera pas le lecteur indifférent, elle reste néanmoins encore assez sommaire ; mais ce détail arrive malgré tout à point nommé car c’est précisément dans le tome suivant que toute l’histoire de cette fratrie commencera à être révélée, et dans les moindres détails qui plus est.

Pour le plus grand plaisir des aficionados, ce flashback s’étalera sur de nombreux volumes et présentera des éléments de l’histoire jusque là laissés à l’imagination du spectateur, quelles que soient les itérations du récit qu’il a pu connaître. S’y trouveront aussi expliquées en détail toutes les origines de la Guerre d’Un An, depuis la présentation du « concept newtype » de Zeon Zum Deikun jusqu’à l’éclatement du conflit en passant par la montée progressive des tensions politiques avec la Fédération et le coup d’état de la famille Zabi, entre autres. Si avec tout ça vous n’avez pas envie d’en savoir plus…

Les +

– scénario riche en péripéties et en rebondissements
– le camp des « gentils » est montré sous son vrai jour
– la conclusion est particulièrement alléchante

Les –

– bien que fidèle à la série originale, un passage comique tend à nuire au réalisme du récit…

Mobile Suit Gundam: The Origin vol.8 : Jaburo 2ème partie, Yoshikazu  Yasuhiko, novembre 2004
(œuvre originale : H. Yatate & Y. Tomino ; mecha design : K. Okawara)
Pika, collection Shônen, mars 2008
256 pages, 7 € 90, ISBN : 978-2-84599-826-1

tome précèdent : Jaburo 1ère partie
la fiche de l’album chez Pika (avec présentation des premières planches)

Cette chronique fut à l’origine publiée sur le site JapanBar

Mobile Suit Gundam: The Origin, volume 7

Couverture de Gundam: The Origin vol.7Par bonheur, la dernière attaque de Zeon sur le White Base a eu lieu non loin de la base de Lima : l’équipage du vaisseau fédéral peut donc y procéder à des réparations de fortune qui lui permettront de joindre la base de Jaburo à présent toute proche ; ce sera pour les jeunes gens l’occasion de revoir le lieutenant Mathilda Ajan à laquelle ils vouent une affection particulière. Mais avant de partir pour Jaburo, le White Base doit d’abord se ravitailler dans la ville de Cuzco, au sein d’une zone neutre où sont stationnées des troupes des deux factions en guerre : cette fois, et juste après une brève escarmouche contre une escadrille ennemie, son équipage fera une rencontre tout à fait inattendue avec le trio de pilotes d’élite de Zeon connu sous le nom de Black Tri Stars et terreur de la Fédération depuis la Bataille de Loum dès les tous premiers jours de la guerre… Pourtant, et en dépit de la décision du Général Revil, depuis Jaburo, d’organiser une diversion pour ouvrir un passage au White Base à travers les lignes de Zeon qui encerclent le QG de la Fédération, le danger se matérialise sous la forme de Miss Hamon qui veut venger la mort de Ramba Ral : ce combat tout aussi soudain que féroce fera des victimes dans chaque camp et immobilisera le vaisseau fédéral pour plusieurs heures de réparation. Ce n’est qu’au milieu de la nuit que les Black Tri Stars lanceront leur offensive : cette fois encore, la fatalité frappera les deux côtés et c’est un White Base bien meurtri qui reprendra la route de Jaburo au-dessus de la forêt d’Amazonie.

De nouveaux personnages apparaissent dans ce volume :

Black Tri Stars (Les) : cet acronyme désigne l’équipe que forment Gaïa, Mash et Ortega, les plus célèbres pilotes d’élite de Zeon après Char Aznable. Lors de la Bataille de Loum, qui vit la flotte de la Fédération mise en échec par l’invention révolutionnaire de Zeon qu’est le mobile suit, à peine une semaine après le début des hostilités, ce trio infernal utilisa leur technique d’attaque Jet Stream pour couler le vaisseau amiral commandé par le Général Revil qu’ils firent prisonnier. Transférés à la base minière d’Odessa que dirige le commandant M’quve, ils sont chargés de se familiariser avec le tout dernier modèle de mobile suit produit par Zeon, mais eux aussi rêvent de venger leur camarade Ramba Ral

Commandant M’quve : décadent et amoral, il est en charge de l’immense base minière d’Odessa, en Europe de l’Est, qui sert de principal réservoir de ressources pour Zeon dans son effort de guerre. Placé sous l’autorité directe de Kycilia Zabi, il a bien du mal à satisfaire les exigences de celle-ci tout en dissimulant la véritable portée de l’exploitation d’Odessa au reste de la famille Zabi. Pour ajouter de l’anxiété au stress, les services secrets de Zeon ne cessent de le mettre en garde contre une très probable et imminente opération fédérale de grande envergure sur Odessa

Général Revil : génie tactique du combat spatial, Revil est le meilleur esprit militaire de la Fédération. Fait prisonnier à la Bataille de Loum, il put s’évader juste à temps pour faire son célèbre discours « Zeon est épuisé ! » alors que les dirigeants de la Fédération étaient sur le point de signer l’armistice : ce geste galvanisa la combativité de son camp qui reprit ainsi la lutte. Il suit avec beaucoup d’intérêt l’odyssée du White Base, mais pas seulement parce que le Gundam se trouve à bord : en effet, Revil prononce souvent le mot « newtype »…

Après plusieurs tomes assez chargés de sens, ce volume revient au récit proprement dit qu’il fait avancer de quelques pas décisifs en rapprochant le White Base de son objectif qu’est la base de Jaburo. L’absence de significations qui caractérise ce tome se voit très bien, au sens strict du terme, dans le découpage même des vignettes qui s’étend parfois sur bien plus de place que nécessaire pour décrire une action en fin de compte assez sommaire. Pour autant, le lecteur aurait tort de croire qu’il ne s’y passe rien : il aura, entre autres, l’occasion de voir que dans Gundam le statut de héros ne protège pas de la mort, ce qui du reste n’est pas une réelle innovation dans le genre mecha mais tranche néanmoins avec les poncifs de la science-fiction populaire, ou du moins ceux qui avaient cours à l’époque où First Gundam était diffusé à la télévision japonaise.

On apprécie également l’effet « miroir » de l’apparition simultanée des Black Tri Stars et du Général Revil, ce qui permet d’aborder l’époque charnière des tous premiers jours de la Guerre d’Un An et ainsi d’explorer – même si de manière très sommaire – un moment décisif du conflit ; les adeptes de la cohérence au sein d’univers imaginaires apprécieront certainement ce détail, même si la série saura revenir, et en profondeur, sur les racines lointaines de cette hostilité réciproque entre habitants de la Terre et colons de l’espace dans de nombreux tomes prochains. Restent quelques représentations de la vie quotidienne en temps de guerre qui, si elles semblent quelque peu gratuites au premier abord, permettent néanmoins de donner un peu plus d’humanité aux personnages en rejoignant ainsi l’un des principaux credo de la franchise ; d’autant plus que, situées en première moitié de volume, la légèreté de ces scènes permet de mieux souligner l’horreur des deux tragédies qui frapperont tout à tour l’équipage par un simple effet de contraste. Une technique certes classique mais ici très efficace.

Enfin, et plus étonnant, la déclaration d’un officier des renseignements de Zeon qui informe Miss Hamon, la concubine de feu Ramba Ral, que la guerre est d’ores et déjà un échec pour le duché de Side 3 : si les connaisseurs de la série originale savent bien ce qu’il en est réellement, les autres seront peut-être surpris d’une telle affirmation dès le septième tome seulement de cette série qui en comporte pourtant presque trois fois plus dans son édition originale à l’heure actuelle ; on ne peut qu’espérer voir ainsi la curiosité du lecteur piquée au point de souhaiter savoir ce qu’il adviendra vraiment et, surtout, comment cela adviendra. Car les histoires sont comme les voyages : ce n’est pas la destination qui compte, mais bel et bien le périple…

Les +

– la fatalité frappe par deux fois l’équipage du White Base
– introduction de personnages majeurs

Les –

– quelques longueurs dans la narration

Mobile Suit Gundam: The Origin vol.7 : Jaburo 1ère partie,
Yoshikazu Yasuhiko, juillet 2004
(œuvre originale : H. Yatate & Y. Tomino ; mecha design : K. Okawara)
Pika, collection Shônen, novembre 2007
232 pages, 7 € 90, ISBN : 978-2-84599-786-8

tome précèdent : Ramba Ral 2ème partietome suivant : Jaburo 2ème partie
la fiche de l’album chez Pika (avec présentation des premières planches)

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Mobile Suit Gundam: The Origin, volume 6

Couverture de Gundam: The Origin vol.6La désertion d’Amuro ébranle profondément le moral de l’équipage du White Base : perdu au milieu d’un territoire sous le contrôle de Zeon, le vaisseau ne peut quitter la zone sans le Gundam qui doit être livré à la base fédérale de Jaburo au plus vite. Alors que Seila tente de savoir ce qu’est devenu Char Aznable en questionnant Kozun, le pilote de Zeon fait prisonnier pendant la dernière bataille qu’a essuyé le White Base, de son côté Amuro cherche de quoi manger dans un village où il tombe vite sur Ramba Ral et ses hommes… Leur échange est interrompu par l’arrivée de Frau, partie à la recherche d’Amuro : Ral les laisse tous deux partir dans l’espoir qu’ils le mèneront au White Base. Mais Amuro ne rentre pas avec elle au vaisseau, ce qui fait planer sur lui des suspicions d’espionnage puisqu’il a été vu en train de partager un repas avec l’ennemi. Dans sa cellule, Kozun tente d’entrer en contact avec Ramba Ral à l’aide d’un système de transmission qu’il a pu dissimuler sur lui mais il est interrompu par Seila qui veut en savoir plus sur Char Aznable : leur conversation  est interceptée par les techniciens du White Base et Seila se trouve elle aussi soupçonnée d’intelligence avec Zeon.

C’est peu après que Ramba Ral choisit d’attaquer : alors que les pilotes du White Base déploient leurs mobile suits, Kozun profite de la confusion pour s’évader ; Seila demande à participer à sa poursuite et le retrouve vite alors qu’au-dehors un combat féroce s’engage qui endommage sérieusement le navire : l’intervention d’Amuro permet de repousser l’ennemi mais n’empêche pas le jeune homme de se retrouver en cellule pour sa désertion. Alors que les mécaniciens du vaisseau travaillent d’arrache-pied pour rafistoler les mobile suits en vue de la prochaine attaque ennemie, Seila est interrogée par les officiers du White Base pour répondre de ses actes, avant de rejoindre Amuro dans le quartier de détention. Ramba Ral apprend qu’il ne recevra pas de renforts pour poursuivre sa mission et décide d’attaquer le White Base sans mobile suits… Dans cette bataille sanglante, le jeune équipage inexpérimenté du vaisseau fédéral apprend l’horreur du combat au corps à corps alors que pour Seila c’est une rencontre fatidique avec Ramba Ral. Après qu’Amuro ait repoussé les derniers ennemis à l’aide du Gundam, un White Base grièvement endommagé gît dans le désert, à la merci d’une prochaine attaque de Zeon…

Après quelques tomes riches en informations sur l’univers de Gundam, ce volume fait clairement un retour sur l’action, dans tous les sens du terme : non seulement les scènes de combat prennent une quantité de pages nettement plus élevée que dans la plupart des tomes précédents mais l’intrigue y avance aussi à grands pas ; comme quoi, les scènes de violence ne sont pas forcément exemptes de sens, au moins sur le plan narratif, contrairement à ce que les détracteurs de la culture manga avancent souvent comme argument pour la conspuer : en fait, on pourrait presque dire que la culture manga a élevé cette manière de raconter au rang d’art à part entière. Ce volume de Gundam : The Origin en est la parfaite démonstration…

Qui dit action dit aussi affrontement, hors, et si on en croit les exégèses d’œuvres fondatrices de la littérature occidentale telles que celles d’Euripide ou de Sophocle, il ne peut y avoir d’histoires sans confrontation : confrontation d’intérêts, confrontation de convictions, confrontation de sentiments,… bref, confrontation de personnages, c’est-à-dire ce qui fait le sel de toutes fictions depuis des temps immémoriaux. Elles sont ici nombreuses, ces confrontations. Entre Amuro et Ramba Ral pour commencer, d’abord dans l’auberge – et d’une manière qu’un scénariste moins inspiré aurait certainement traitée de façon beaucoup plus musclée – puis sur le champ de bataille : ici, l’influence du vétéran sur le débutant est très nette et permet de mesurer combien la personnalité de l’aîné a impacté le développement psychologique du cadet ; s’il s’agit d’un élément relativement universel à l’ensemble des cultures du monde, il est aussi très caractéristique de cette mentalité alors encore très patriarcale qui caractérisait le Japon à l’époque où First Gundam fut diffusé à la télévision nippone, mais nous aurons l’occasion d’y revenir dans les chroniques des tomes suivants. Confrontation encore, entre le même Ramba Ral et Seila Mas : cette dernière verra ainsi surgir un passé qu’en dépit de tous ses efforts elle n’est jamais parvenue à oublier, d’autant plus qu’il s’acharne à se rappeler à elle depuis le tout début de la série, au détail près qu’ici l’image de Ramba s’est l’espace d’un instant substituée à celle de Char ; le lecteur s’en étonnera certainement et c’est tant mieux car il trouvera en ces quelques cases l’occasion de s’interroger sur le personnage de Seila même si une révélation d’importance majeure a eu lieu quelques pages plus tôt – révélation qui du reste n’enlève rien, ou si peu, au mystère du personnage car tout ce qu’implique son lien réel avec Char Aznable ne sera de toutes façons pas révélé avant quelques temps… Confrontation toujours, entre Seila et Kozun, le pilote de Zeon fait prisonnier dans le tome précédent et qui ne parvient pas à saisir pourquoi cette jeune fille de la Fédération – décidément bien plus dangereuse que ce qu’elle en a l’air – s’intéresse autant au commandant Char : à ce niveau, d’ailleurs, on pourrait presque dire que Kozun représente le lecteur lui-même, prisonnier d’une narration qui semble partir tous azimuts mais dont on sent bien qu’elle est toute entière structurée autour d’un fil directeur qui, bien évidemment, reste encore à révéler.

Confrontations également au sein de l’équipage même du White Base, car Amuro et Seila se trouvent suspectés d’espionnage de sorte que la méfiance s’empare des officiers. C’est l’occasion pour Ryu de se confronter d’abord à Amuro puis aux jeunes pilotes civils de mobile suits qui, devant une situation qui échappe aussi totalement au capitaine du vaisseau, prennent bien sûr leurs jambes à leur cou : par contre, le lecteur qui s’attend à des passages pleins de sens et de profondeur en restera pour ses frais car Ryu n’est pas ce genre de personnage, ce qui du reste n’est pas plus mal car le reste du volume est déjà assez dense comme ça ; on retiendra néanmoins un caractère plus subtil qu’il en donne l’air au premier abord, ce qui surprendra peut-être. Quant à Bright, ces suspicions d’espionnage lui permettront de comprendre qu’Amuro et Seila sont bien plus difficiles à cerner que ce qu’il croyait, d’une part, mais aussi que l’ensemble de l’équipage du vaisseau les tient tous deux en assez haute estime pour les défendre même contre les enquêteurs du navire, d’autre part ; Bright lui-même, d’ailleurs, ne sait plus très bien où fixer ses propres limites à leur sujet de sorte qu’il prend ainsi la seule décision qu’il peut prendre en de telles circonstances : faire mettre ces deux-là aux fers le temps que le White Base arrive à Jaburo, là où des spécialistes sauront juger leur cas ; on peut s’étonner qu’un tel aveu d’échec ne soit pas arrivé plus tôt de la part d’un capitaine aussi inexpérimenté dans une situation aussi difficile.

Confrontation, finalement, entre Ramba Ral et le White Base tout entier, à travers deux raids durant lesquels le vétéran de Zeon saura prouver au jeune équipage qu’avec ou sans mobile suits, la guerre n’est pas un jeu et que seule la mort attend le soldat qui faiblit : son argumentation ne laisse d’ailleurs place à aucune contradiction et nous aurons l’occasion de voir, dans les tomes suivants, comme son message est bien passé… Mais l’intérêt du personnage ne s’arrête pas là : comme il a déjà été dit dans la chronique du tome précédent, Ramba Ral est aussi l’occasion de voir que, décidément, Zeon est bien loin d’être un nid de « méchants » simplement avides de sang et de conquête, et s’il n’est pas un abîme de complexité psychologique pour autant il ne donne pas moins une image de l’ennemi des « gentils » qui ne cadre plus du tout avec celle qui dominait à l’époque dans le genre mecha et qui a largement contribué à bâtir la réputation de réalisme attribué à la franchise Gundam ; dans le même registre, on peut également donner l’exemple de ce soldat sous les ordres de Ral qui, surpris de trouver des enfants sur la passerelle du vaisseau ennemi, et bien sûr peu enclin à blesser des gens de toute évidence innocents, perd tout l’avantage de son attaque surprise – avec les conséquences qu’on imagine sans peine… En fait, bien plus qu’une simple rupture des codes du genre, Ral et ses hommes évoquent davantage des archétypes du chevalier de jadis – ou plutôt, dans le cas présent, du samouraï – qui se dévouait tout entier à une cause fut ce au péril de sa vie ; nous aurons l’occasion de voir plus en détail comment Gundam donne différents aspects à d’autres images des temps passés dans les chroniques des prochains tomes – ces images des temps passées qui, il faut peut-être le rappeler, servent de base à toutes les littératures classiques du monde : ce qui permet de revenir aux auteurs fondateurs évoqués plus haut et ainsi de boucler la boucle.

On peut également signaler que ce tome ne présente plus aucune planches en couleurs à l’intérieur du volume mais seulement sur les premières pages : ce n’est pas une étourderie de l’imprimeur, ni un exemplaire mal façonné qui vous a été vendu, mais bel et bien des considérations bassement techniques et budgétaires qui ont amené Pika à se passer de ces éléments qui, pourtant, ajoutaient un charme certain à l’ensemble ; si le résultat final est malheureusement bien en dessous de celui de l’édition originale – qui retient bien entendu la couleur pour ces passages – il n’en est pas franchement désagréable pour autant et, même, donne presque un certain cachet à l’ouvrage : celui des images d’antan photographiées en noir et blanc, ce qui après tout convient plutôt bien à First Gundam comme il a été évoqué à la fin du paragraphe précédent. Mais c’est aussi l’occasion de mesurer à quel point le succès de cette série est pour le moins mitigé auprès des lecteurs, ce qui attriste déjà davantage même si on sait depuis longtemps que le genre mecha – pourtant un élément-clé de la culture manga – est très peu populaire par chez nous : on en vient d’ailleurs à se demander si les otakus français le sont bien autant que ce qu’ils le prétendent…

Les +

– une tension à couper au couteau au sein du White Base
– des révélations clés épaississent le mystère autour de certains personnages
– scénario dense en péripéties et en confrontations

Les –

– les scènes d’action tendent à voiler les idées

Mobile Suit Gundam: The Origin vol.6 : Ramba Ral 2ème partie, Y. Yasuhiko, mars 2004
(œuvre originale : H. Yatate & Y. Tomino ; mecha design : K. Okawara)
Pika, collection Shônen, septembre 2007
280 pages, 7 € 90, ISBN : 2-84599-764-6

tome précèdent : Ramba Ral 1ère partietome suivant : Jaburo 1ère partie
la fiche de l’album chez Pika (avec présentation des premières planches)

Cette chronique fut à l’origine publiée sur le site JapanBar

Mobile Suit Gundam: The Origin, volume 5

Couverture de Gundam: The Origin vol.5Alors que la famille Zabi se retrouve sur Side 3 pour rendre un dernier hommage à Garma, un vaisseau de Zeon descend sur Terre : à son bord, Ramba Ral et son unité d’élite ont pour mission de venger la mort du plus jeune fils de Zabi en détruisant le White Base et l’unité prototype Gundam tout en testant un nouveau type de mobile suit. Alors que Gihren Zabi prononce l’éloge funèbre de son frère cadet – en réalité un discours de propagande destiné à galvaniser la volonté des citoyens de la principauté dans l’effort de guerre – Ramba Ral mène sa première offensive sur le White Base ; cette attaque laissera l’équipage perplexe, surtout Amuro, car en dépit de son avantage tactique indiscutable l’assaillant s’est replié sans donner le coup de grâce, pourtant à sa portée… Non loin, dans une taverne de Jaburo, Char Aznable est mis aux arrêts par un agent de la garde rapprochée de Kycilia Zabi. Celle-ci descend sur Terre en personne pour l’interroger afin de savoir pourquoi il n’a pas porté secours à Garma : Char feint l’innocence mais, sous la pression de Kycilia, il finit par négocier sa libération contre le moyen, pour Zeon, de s’infiltrer dans la forteresse de Jaburo, quartier général de la Fédération contre lequel l’artillerie de la principauté se casse les dents depuis des mois… De son côté, Ramba Ral reçoit un nouvel appareil de transport de mobile suits pour continuer à poursuivre le White Base mais sa seconde offensive contre le vaisseau en fuite se déroule moins bien que la première, en dépit de sa victoire écrasante contre le Gundam, et un de ses hommes est fait prisonnier. Alors que celui-ci se fait interroger, Amuro tente de comprendre comment ce nouveau modèle de mobile suit piloté par Ramba Ral a pu ainsi lui faire mordre la poussière ; c’est alors qu’il surprend une conversation entre Mirai et Bright : ce dernier a l’intention de confier le pilotage du Gundam à quelqu’un d’autre. Profondément blessé, Amuro rassemble ses affaires et, au milieu de la nuit, quitte le White Base à bord du Gundam sans aucune autorisation de Bright…

De nouveaux personnages apparaissent dans ce volume :

Degwin Sodo Zabi : magnat de l’industrie, c’est avec sa fortune colossale qu’il finança la révolution de Side 3 qui permit à Zeon Zum Daikun d’y fonder la République de Zeon en tant que nation séparée de la Fédération ; Daikun dirigea la colonie jusqu’à sa mort aux circonstances d’autant plus douteuses que Degwin Zabi s’autoproclama maître de Side 3 sitôt Zeon Zum décédé. Bien qu’en apparence toujours maître de Side 3, dont il fit la Principauté de Zeon peu après son accession au pouvoir, son autorité a en fait été depuis longtemps remplacée par celle d’une nouvelle génération d’intrigants…

Dozle Zabi
: second fils de la famille Zabi, il commande la Force d’Attaque Spatiale de Zeon. En charge de la forteresse spatiale de Solomon, il se considère comme un soldat honorable et gagne le respect de ses troupes en se battant à leurs côtés : soucieux d’accomplir la volonté de son père, il feint d’ignorer les complots que trame le reste de sa fratrie. Malgré son allure de colosse couturé de cicatrices, Dozle est très touché par la mort de son plus jeune frère, Garma, auquel il était immensément attaché.

Gihren Zabi : fils aîné de la famille Zabi, c’est en réalité le véritable maître de Zeon qui a réduit son propre père, Degwin Sodo, au rôle d’une marionnette dont il tire les fils. D’une intelligence prodigieuse mais aussi complètement mégalomane, il fut l’un des principaux artisans derrière le coup d’état qui permit de fonder la Principauté de Zeon sur la colonie de Side 3. En tant que Commandant Suprême des force militaires de Zeon, il dirige la course de la guerre depuis son Q.G. de Side 3. Son propre père l’a un jour comparé à Hitler

Kycilia Zabi : avant-dernier enfant de Degwin Zabi, et son unique fille, elle voit en son frère aîné Gihren le seul obstacle à sa soif de pouvoir. Commandant la Force d’Assaut Mobile de Zeon d’une main de fer, elle est très douée pour rassembler des informations mais aussi pour faire adopter les nouvelles technologies qui assurent la suprématie de Zeon sur la Fédération. Cependant, sa rivalité constante avec ses frères tend à miner les efforts de guerre de la principauté…

Ramba Ral : fils de Jimba Ral, partisan quasiment fanatique de Zeon Zum Deikun qui fonda jadis la République de Zeon avant que la famille Zabi n’usurpe sa place en l’assassinant, Ramba Ral est un pilote émérite dont la carrière aurait été toute tracée si son ascendance familiale ne l’avait pas placé dans une position délicate vis-à-vis des plus hautes sphères politiques de Zeon. Envoyé sur Terre aux trousses du White Base, il devra faire face à de nombreux démons issus d’un passé bien trop lourd pour ses épaules pourtant puissantes…

La densité de ce tome rend sa chronique difficile car la somme d’éléments nouveaux qu’il présente dépasse largement celle de n’importe lequel des précédents ; il faudra cependant un lecteur averti, en termes de représentation artistique, pour saisir toute la finesse des détails : en effet, ce volume ne montre pas les choses d’une manière évidente, à travers des dialogues ou des descriptions dont la lourdeur handicape souvent la fluidité de la narration. On admire en particulier l’immense talent de Yasuhiko quand, en une paire de cadrages seulement, il nous fait littéralement sentir toute la haine et la rivalité qui oppose Gihren Zabi à sa jeune sœur Kycilia. Sa maîtrise du dessin dans les expressions des personnages est aussi l’occasion de voir, pour une fois, un Char Aznable aux abois qui doit ainsi jouer son va-tout pour se tirer de ce qui est certainement la situation la plus épineuse de toute sa vie, ou encore de se conforter dans l’idée que, décidément, Seila Mass a bien des choses à cacher ; et que dire de Degwin Sodo lui-même, lorsqu’il se lève de son fauteuil pour assister à la cérémonie funèbre de son fils cadet Garma, sous l’insistance de sa fille Kycilia venue lui rappeler son devoir de souverain : en une autre paire de cases, elles aussi dépourvues de la moindre phrase, le patriarche des Zabi exprime à la perfection combien il est conscient, et depuis longtemps, de ne plus régner sur Side 3

Plus évidents, car clairement exprimés dans des images doublées de textes, on trouve aussi des détails plus inattendus. Le plus spectaculaire est certainement le désarroi d’Amuro devant ce nouvel adversaire qui se présente à lui en la personne de Ramba Ral : soldat accompli, celui-ci ne doit pas moins à son expérience de pilote ses deux victoires contre le Gundam qu’à la maniabilité supérieure de son mobile suit de test : car, au contraire des Zaku, le MS-07 Gouf qu’il pilote a été conçu par les ingénieurs de Zeon en vue de combattre en milieu à gravité terrestre, ce qui n’était pas le cas des adversaires précédents d’Amuro et qui lui avait jusqu’alors donné un avantage certain ; c’est donc là pour le jeune pilote l’occasion de remettre en question ses talents de pilotage et donc sa capacité à défendre le White Base, c’est-à-dire son rôle même au sein de l’équipage, ce qui en retour explique sa décision – certes précipitée – de quitter le navire à la fin du volume : malmené à la fois par l’ennemi mais aussi par son propre capitaine, il perd simplement la tête, ce qui en fin de compte est bien humain et donc tout à fait typique de Gundam. Soulignons enfin que cette « course à l’armement » que représente ce nouveau type de mobile suit qu’est le Gouf, quoique tout à fait caractéristique du genre mecha, est une parfaite représentation de la surenchère technologique inhérente aux guerres industrielles – souvent considérées par les historiens comme des « accélérations de l’Histoire » – et qui prend ses racines dans le conflit mondial de 14-18 pendant lequel des innovations toujours utilisées de nos jours, telles que le tank ou l’avion, trouvent leurs origines : on ne peut qu’admirer comment Gundam parvient à concilier un élément aussi profondément réaliste avec ce qui était jusqu’alors un simple truisme du genre mecha. Plus anecdotique mais néanmoins révélateur, la réaction à la vue de la foudre qu’ont les habitants de l’espace, qu’ils soient à bord du White Base ou bien du vaisseau qui amène les soldats de Ramba Ral sur Terre : étant nés et ayant grandi dans l’espace, ils ignorent tout de ce phénomène météorologique qui les paniquent en leur faisant croire à une nouvelle arme de l’ennemi ; une scène qui ne manque pas d’humour mais qui est aussi un moyen simple et efficace de souligner le fossé social qui sépare les colons de l’espace de l’élite demeurée sur Terre tout en soulignant davantage le réalisme du récit, mais cette fois à travers une description – au moins sous-jacente – de ce modèle de civilisation de l’espace.

Enfin, d’autres éléments sont nettement énoncés à travers de simples dialogues ou bien de franches déclarations. C’est entre autres l’occasion de voir pour la première fois le terme de « newtype » qui, lui, sera expliqué en détail dans des tomes suivants mais dont il faut souligner au lecteur l’importance capitale afin qu’il y consacre toute son attention car c’est bien un des éléments majeurs de l’histoire : c’est en effet cette doctrine philosophique jadis échafaudée par Zeon Zum Daikun qui a servi de moyen idéologique à la famille Zabi pour précipiter la sphère humaine dans le terrifiant holocauste de la Guerre d’Un An ; les occasions ne manqueront pas d’y revenir. Notons également les propos de Ramba Ral à sa concubine Hamon quand il explique à cette dernière les motivations qui l’ont conduit à accepter cette mission de détruire le White Base et son prototype de Gundam : le personnage s’affirme ainsi, presque d’emblée, comme une antithèse de l’archétype du « méchant » tel qu’il existait à l’époque dans le genre mecha et dont le seul but était de fournir une raison pour poursuivre la série à travers des épisodes supplémentaires qui en fin de compte ne faisaient que raconter la même chose que les précédents, en simplifiant à peine ; mais si Ramba Ral n’est pas présenté comme un personnage torturé à proprement parler, on discerne bien les contradictions qui l’animent, conflits intérieurs issus d’un passé familial dont il ne porte pas la responsabilité mais dont il doit néanmoins assumer les conséquences, ne serait-ce que pour assurer la vie de ses hommes : on a vu des « méchants » plus simples que ça…

Finalement, ce tome est aussi – et surtout – l’occasion de rencontrer enfin le véritable orchestre de la Guerre d’Un An, un personnage dont le portrait rappellera vite aux férus d’Histoire les pires tyrans du passé, ce qui colle encore une fois à merveille au credo de réalisme propre à la franchise : Gihren Zabi nous fait ici une brillante démonstration de ses talents d’orateurs avec lesquels il a largement contribué à embrigader toute la population de Side 3 pour lui faire accepter d’abord que la République de Zeon devienne Principauté, et ensuite que seule la guerre libérerait les habitants de l’espace de l’oppression que lui faisait subir, depuis trop longtemps, l’élite des dirigeants de la Fédération restés bien confortablement sur Terre pendant que les colons mourraient en construisant de leurs mains la Nouvelle Frontière ; avec cet opportunisme malicieux qui le caractérise, il fait de son éloge funèbre à son frère Garma l’occasion d’un discours de propagande qui galvanisera le moral de toute la population et des soldats de Zeon afin de poursuivre l’effort de guerre en vue de « faire triompher la justice » : retransmis à la fois dans toutes les colonies et sur Terre, ce discours et l’ovation que lui fera son audience venue rendre hommage au fils cadet des Zabi terrifieront le jeune équipage du White Base qui, pour la première fois, verra de ses yeux toute la fureur dont est capable Zeon.

Les +

– des éléments majeurs sont révélés qui éclairent le lecteur sur les coulisses de l’univers et le caractère de certains acteurs principaux
– l’évolution des personnages majeurs, pourtant déjà bien marquée, se poursuit
– arrivée d’un personnage fondamental

Les –

– (néant)

Mobile Suit Gundam: The Origin vol.5 : Ramba Ral 1ère partie, Yoshikazu Yasuhiko, juillet 2003
(œuvre originale : H. Yatate & Y. Tomino ; mecha design : K. Okawara)
Pika, collection Shônen, juin 2007
216 pages, 8 € 90, ISBN : 2-84599-737-0

tome précèdent : Garma 2ème partietome suivant : Ramba Ral 2ème partie
la fiche de l’album chez Pika (avec présentation des premières planches)

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Mobile Suit Gundam: The Origin, volume 4

Couverture de Gundam: The Origin vol.4Suite à ses escarmouches contre les troupes de Garma Zabi, le White Base fait halte dans la région de Los Angeles afin de procéder à des réparations : Amuro profite de l’occasion pour rejoindre la petite ville de Rosarito et rendre visite à sa mère, Kamalia, jadis restée sur Terre quand son père émigra dans l’espace. Mais la maison de son enfance est occupée par des soldats de la Fédération qui y passent du bon temps et avec lesquels Amuro a une altercation assez musclée ; l’intervention d’une voisine le tire de ce mauvais pas et lui apprend que sa mère travaille à soigner les blessés d’un camp de réfugiés situé non loin : Amuro s’y précipite sans savoir que ce camp se trouve sur un territoire aux mains de Zeon… Si l’intervention de l’équipage du White Base lui permet de s’en sortir indemne, c’est pour faire à nouveau ses adieux à Kamalia alors que le vaisseau doit à présent quitter la région le plus vite possible, toujours à destination de Jaburo.

Durant une réception à Los Angeles, une de ces festivités où les magnats industriels locaux tentent de s’attirer les bonnes grâces de l’occupant afin de négocier des contrats juteux, Garma est prévenu par ses hommes du passage du White Base non loin de la ville : le jeune commandant sonne immédiatement le branle-bas de combat et abandonne sa fiancée, fille d’un des hommes les plus influents des cartels industriels de la région, pour se lancer à la poursuite du vaisseau en fuite. Accompagné par Char Aznable, il cherche en vain le navire de la Fédération qui, après une autre escarmouche particulièrement sanglante, parvient encore à s’échapper.

Ce quatrième volume nous présente deux destins différents qui, s’ils ne sont en aucun cas liés l’un à l’autre, permettront néanmoins au lecteur de goûter une nouvelle fois aux turpitudes de cette vie en temps de guerre.

D’abord Amuro, dont sa mère avait gardé le souvenir d’un enfant un brin taciturne mais en aucun cas violent ou agressif, et qui se trouve dans l’obligation de dévoiler à celle qui lui est la plus chère ce que la guerre a fait de lui. Inutile d’épiloguer, on se contentera de souligner que la conclusion de la première moitié de ce tome nous montre un Amuro résolument plus mûr et tout aussi assurément bien plus adulte que beaucoup de grandes personnes alors qu’il n’a toujours que 16 ans – mais on oublie souvent que « infanterie » a pour étymologie l’italien « infante » qui signifie « enfant » – : sa réponse à la proposition que lui fait Bright de quitter le White Base pour rester avec sa mère se passe en effet de tous commentaires et démontre à quel point le personnage a pu évoluer en à peine quatre tomes… D’autres détails parsèment cette partie en laissant au lecteur la possibilité d’exercer son imagination ; ainsi une remarque au ton désinvolte telle que celle de Kai quand il apprend qu’Amuro va voir sa mère restée sur Terre (« Encore un membre de l’élite » dit-il) laisse supposer que les luttes de classe ont encore la part belle dans ce futur et que l’univers de Gundam est bien loin d’un de ces lendemains qui scintillent auxquels une science-fiction parfois un peu trop naïve nous a hélas habitués. D’autre part, une phrase anodine venant d’un très jeune réfugié du village où travaille la mère d’Amuro (« Il en a de la chance » dit ce jeune garçon quand le pilote du Gundam se jette dans les bras de Kamalia) nous rappelle, sans détour ni politiquement correct, que nous sommes bien dans une histoire de guerre, c’est-à-dire un récit où la notion d’innocence n’est plus qu’un luxe puisque l’enfance en est toujours la première victime.

C’est dans ce genre de détails, aux apparences triviales, pour ne pas dire anecdotiques, que se trouve une des forces principales de Gundam : cette façon de jouer avec le lecteur, de faire participer le public en le poussant à se poser des questions, à chercher les significations cachées derrière des phrases anodines, cette fluidité dans la narration permet à l’audience d’entrer dans le récit, d’en faire partie intégrante d’une manière que la culture manga n’avait encore jamais vu, ou si peu, à l’époque où la série télévisée fut diffusée sur le petit écran japonais ; une technique narrative qui fit bien des émules car elle est depuis devenue monnaie courante…

Enfin, Garma, dont la seule erreur aura été d’être le fils cadet du tyran Degwin Zabi – personnage central bien qu’encore pour le moins effacé à ce stade du récit, et dont la présentation sera faite dans la chronique du tome suivant – Garma apparaît lui aussi victime d’une guerre dans laquelle il se voulait soldat mais dont il n’était qu’otage : il aurait peut-être pris une décision plus raisonnable si le poids de son héritage familial n’avait pas été aussi lourd ; quoi qu’il en soit c’est bien cet acte tout aussi inconsidéré qu’inévitable qui conditionnera l’arrivée d’un personnage majeur de la saga dès le tome suivant, personnage qui marquera au fer rouge l’ensemble du très jeune équipage du White Base : ce n’est pas Seila Mass qui me contredira. C’est aussi l’occasion de voir que Char Aznable est bien plus complexe qu’un de ces simples « méchants » récurrents dont les animes et mangas de mechas sont restés longtemps farcis jusqu’à la nausée : d’ailleurs, à ce stade, on commence presque à se demander si Char n’est pas en réalité un agent de la Fédération infiltré chez Zeon tant ses actes sont pour le moins ambigus ; mais l’explication, bien sûr beaucoup plus complexe que ça, viendra en son temps et elle sera à la fois d’une limpidité et d’une cohérence indiscutables avec l’ensemble du récit dont nous n’avons toujours pour le moment qu’une vision très fragmentaire : il apparaît de toutes manières assez évident à ce stade que Char ne peut en aucun cas être classé parmi les « gentils » de l’histoire non plus. C’est un autre des aspects prépondérants de Gundam, et qui lui valut une partie de son succès à présent trois fois décennal : on n’y trouve pas plus de héros que de vilains, juste des hommes et des femmes qui tentent tous d’accomplir ce qui leur semble juste, et Dieu sait que la frontière séparant le bien du mal peut se montrer floue en temps de guerre…

Les +

– certains personnages apparaissent beaucoup plus complexes qu’ils en avaient l’air alors que d’autres montrent une très nette évolution
– la complexité de l’univers de Gundam s’affirme davantage, mais toujours avec discrétion
– le destin d’un personnage majeur bouleverse le récit

Les –

– scénario assez linéaire

Mobile Suit Gundam: The Origin vol.4 : Garma 2ème partie, Yoshikazu Yasuhiko, mars 2003
(œuvre originale : H. Yatate & Y. Tomino ; mecha design : K. Okawara)
Pika, collection Shônen, avril 2007
152 pages, 8 € 90, ISBN : 2-84599-716-5

tome précèdent : Garma 1ère partietome suivant : Ramba Ral 1ère partie
la fiche de l’album chez Pika (avec présentation des premières planches)

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Mobile Suit Gundam: The Origin, volume 3

Couverture de Gundam: The Origin vol.3Perdu au cœur des lignes de Zeon, l’équipage du White Base voit son moral très sérieusement atteint, à la fois chez les civils comme chez les militaires et leurs nouvelles recrues ; c’est à ce moment que les dernières instructions de l’État Major de la forteresse de Jaburo lui parviennent : le vaisseau ne recevra aucune aide de la Fédération dans l’immédiat. Devant la montée de la tension à bord, Bright Noa doit serrer les poings pour garder le contrôle de la situation, surtout vis-à-vis d’Amuro que sa dernière rencontre avec Char Aznable a considérablement ébranlé. Après une escarmouche d’envergure contre des forces de Zeon menées par Garma Zabi, des réfugiés s’insurgent en prenant en otage Frau Brauw et quelques enfants afin de forcer Bright à les laisser débarquer : ils veulent retourner auprès de leurs familles jadis restées sur Terre lors de la colonisation de l’espace. Le jeune capitaine se voit obligé de négocier une trêve temporaire avec Garma Zabi ; celui-ci accepte, mais sur les conseils de Char Aznable qui use de son influence sur le jeune commandant pour l’inciter à profiter de l’occasion afin de porter un coup décisif au White Base. Flairant le piège, Bright fait dissimuler des mobile suits à l’intérieur de l’appareil qui transporte les réfugiés : quand les troupes de Zeon attaquent le White Base, ces unités prennent l’assaillant à revers ; pour Char et Amuro, c’est un autre combat sans vainqueur alors que le vaisseau fédéré bat en retraite à travers un lac, droit vers l’embuscade que lui tend Garma sur l’autre rive. C’est uniquement grâce à l’intervention de l’équipage du lieutenant Mathilda Ajan, à bord de son avion ravitailleur, que le White Base parvient à éviter le traquenard : une fois à bord du vaisseau en fuite, Ajan informe tout le personnel qu’elle est là pour lui servir de liaison avec Jaburo mais aussi que le général Revil, ponte de l’État Major fédéral, suit de très près leur odyssée et n’a en aucun cas l’intention de les abandonner à leur sort.

Quelques nouveaux personnages apparaissent dans ce volume :

Garma Zabi : fils cadet de la famille Zabi, qui fonda la Principauté de Zeon, c’est un jeune homme peu sûr de lui mais adoré par la population du royaume ; ainsi devint-il un élément clé de la propagande orchestrée par sa famille pour monter les habitants de Zeon contre la Fédération, et souvent contre son gré. Bien qu’en charge des Forces d’Attaque de la Terre, il reste un commandant militaire impétueux et sans expérience, surtout à cause de l’influence de sa sœur aînée Kycillia qui ne cesse d’exiger de lui qu’il fasse ses preuves. Son amitié avec Char date de l’académie militaire mais personne ne peut dire ce que ce dernier pense vraiment de Garma.

Mathilda Ajan : lieutenant de la Fédération, elle est officier de ravitaillement mais sert en réalité d’agent pour le général Revil. Bien qu’assez jeune pour son grade, elle témoigne d’une grande maturité et d’un sens du devoir exceptionnels qui lui valent l’admiration de ses collègues et la confiance de l’État Major fédéral. D’une beauté et d’un charisme rares, elle a aussi une influence considérable sur le moral du White Base chaque fois qu’elle traverse les lignes ennemies, au péril de sa vie et de celle de son équipage, pour amener équipement et ravitaillement au vaisseau en fuite : très vite, son courage et sa ténacité serviront d’exemple aux jeunes pilotes de mobile suits dans leurs combats quotidiens contre les forces de Zeon.

Si ce troisième volume reste lui aussi centré sur l’action, il n’en présente pas moins quelques occasions d’aborder plus avant des éléments clés de l’univers de Gundam : entre autres, se trouve ici assez bien souligné le ressentiment des colons de l’espace qui furent jadis contraints d’émigrer vers l’espace pour préserver les ressources naturelles de la Terre ; hors c’est bien dans cette rancune que la Guerre d’Un An trouve ses racines profondes, ce qui écarte une bonne fois pour toutes les aspects binaires et manichéens qui caractérisaient jadis le genre mecha puisqu’ici le conflit n’est jamais que la conséquence somme toute assez logique de l’indifférence des élites vis-à-vis des basses classes sociales, thème définitivement humain et plus d’actualité que jamais…

À peine esquissés ou bien franchement dépeints, et quoi qu’il en soit bien présents, on discerne aussi certaines des luttes d’influence qui agitent la famille Zabi, la terreur et l’épuisement qui déchirent les réfugiés du White Base et leur égoïsme face aux épreuves qu’ils subissent, la relation pour le moins malsaine pour ne pas dire franchement machiavélique entre Garma Zabi et Char Aznable, la défaillance d’Amuro – héros malgré lui – dans l’accomplissement de son devoir et la fermeté de Bright pour le ramener à l’ordre, la violence et la brutalité inouïes du combat qui ne laisse ni gagnants ni perdants et encore moins de héros ou de méchants mais juste des survivants, les liaisons de dépendance réciproque entre les occupants d’un territoire conquis et les habitants de celui-ci, l’aspect presque mythique de la Terre aux yeux des habitants de l’espace qui n’en ont jamais vu les vertes collines et dont la gravité les étouffe, et bien d’autres choses encore.

Bref, c’est un aperçu global, et donc forcément fragmentaire, de l’ensemble des éléments qui ont fait de Gundam cette œuvre à l’envergure révolutionnaire, en tous cas pour ce qui est des animes de mechas, dont l’influence s’est étendue tout au long de la décennie 80 et dont des productions majeures telles que Macross (1983) ou Votoms (même année), et plus récemment Patlabor (1988) ou Gasaraki (1998), sans oublier le tout jeune Flag (2006), sont les héritières directes. Tous ces éléments se retrouveront régulièrement dans les tomes suivants en approfondissant un peu plus à chaque fois tout ce qui a fait la réputation de réalisme et de crédibilité de Gundam, du moins par rapport aux autres œuvres qui l’ont précédé dans le genre mecha ; ils seront néanmoins présentés avec parcimonie et sans lourdeur – et parfois même à la limite de l’indicible – afin de ne pas briser le rythme du récit. Récit qui, soit dit en passant, atteindra un sommet dans le tome suivant en laissant Char Aznable baisser une partie de son masque mais sans pour autant éclaircir vraiment ses motivations : les aficionados de mystères et de personnages torturés apprécieront.

Les +

– les caractères des personnages s’affrontent, et parfois même très ouvertement
– la complexité de l’univers de Gundam apparaît plus étoffée mais encore en filigrane
– apparition de deux personnages qui joueront un rôle majeur à leur manière

Les –

– scénario peu sophistiqué même si plus élaboré que celui du tome précédent
– les scènes d’action tendent à occulter des idées qui apparaissent encore assez embryonnaires

Mobile Suit Gundam: The Origin vol.3 : Garma 1ère partie, Yoshikazu Yasuhiko, novembre 2002
(œuvre originale : H. Yatate & Y. Tomino ; mecha design : K. Okawara)
Pika, collection Shônen, février 2007
228 pages, 8 € 90, ISBN : 2-84599-696-9

tome précèdent : Le Choctome suivant : Garma 2ème partie
la fiche de l’album chez Pika (avec présentation des premières planches)

Cette chronique fut à l’origine publiée sur le site JapanBar


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