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Mobile Suit Gundam: The Origin, volume 2

Couverture de Gundam: The Origin vol.2Son escarmouche avec Char Aznable amène l’équipage du White Base à se réfugier sur Luna II, dernier bastion spatial de la Fédération. Mis aux arrêts pour avoir utilisé des prototypes de mobile suits sans l’autorisation de l’état-major, les militaires du vaisseau sont impuissants alors que Char contre-attaque : ce sera pour l’as de Zeon et Seila Mas l’occasion de se retrouver dans des circonstances pour le moins troublées et qui les laisseront tous deux dans le doute. Bien que cette offensive soit repoussée, les civils rescapés de la destruction de Side 7 refusent de débarquer du White Base alors que celui-ci quitte Luna II à destination de la base fédérale de Jaburo, sur la Terre. Mais, au moment où le navire commence la très délicate opération de rentrée atmosphérique, Char attaque à nouveau : ainsi dérouté de la trajectoire prévue, le vaisseau de la Fédération survole à présent l’Amérique du Nord, un continent tout entier aux mains de Zeon, bien loin de Jaburo et de l’aide que cette forteresse pourrait apporter au White Base…

Les personnages suivant ne font pas leur apparition dans ce volume mais ils sont néanmoins présentés dans cette chronique afin d’alléger le texte, déjà conséquent, de la précédente :

Frau Brauw : voisine et amie d’Amuro sur Side 7, elle aimerait voir leur relation devenir plus intime mais semble être la seule des deux dans ce cas. Au lieu de prendre part aux combats, elle s’occupe des trois jeunes orphelins réfugiés dans le White BaseKikka, Letz et Katz – et aide comme infirmière et officier des transmissions.

Hayato Kobayashi : un autre voisin d’Amuro qui se réfugie lui aussi dans le White Base lors de la destruction de Side 7. Sous la houlette de Ryu Jose, il devient un opérateur de tourelle de Guntank tout à fait capable, même s’il reste loin d’égaler Amuro qu’il jalouse toujours pour le lien privilégié qu’a le père de ce dernier avec la bureaucratie militaire de la Fédération

Kai Shiden : jeune homme sarcastique et cynique adepte de la provocation gratuite, cet autre réfugié de Side 7 est loin de se faire apprécier au sein du White Base. S’il devient un pilote de Guncannon respectable et estimé, son attitude continue néanmoins à l’isoler du reste de l’équipage et il est souvent tenté de quitter le vaisseau.

Mirai Yashima : fille d’une riche et puissante famille industrielle, elle a de l’expérience dans le pilotage de navire civil et hérite donc du poste de timonier du White Base quand celui-ci fuit Side 7. Parfait reflet féminin de Bright Noa, elle est la figure maternelle du vaisseau vers laquelle on se tourne pour trouver du réconfort ; assez vite, elle devient très proche de Bright.

Ryu Jose : dernier survivant des pilotes cadets assignés au White Base, il représente toute l’horreur d’une guerre qui a décimé la quasi-totalité des combattants adultes en poussant ainsi les responsables militaires à envoyer la jeunesse au front. Il devient vite le mentor des pilotes civils du vaisseau, et surtout d’Hayato Kobayashi avec lequel il partage le pilotage du Guntank.

Si l’intrigue de ce tome est un peu plus sophistiquée que celle du précédent, elle n’en reste pas moins simple et assez linéaire en dépit de quelques retournements de situation somme toute plutôt mineurs ; de plus, le scénario laisse encore une place abondante à l’action, ce qui ravira les aficionados et donnera du blé à moudre aux détracteurs.

Il faut donc préciser au lecteur de ces lignes que l’intérêt de ce second volume réside dans une première approche de la découverte de l’univers de Mobile Suit Gundam : par petites touches, peut-être trop discrètes, à travers des détails d’apparence d’autant plus anodine qu’ils se dissimulent sous toutes sortes d’explosions et de tirs de laser, des éléments clés de la franchise sont toutefois exposés – on peut citer en particulier le sentiment de culpabilité des adultes qui se voient obliger d’envoyer au front leur jeunesse, forcément innocente, suite aux pertes massives subies par les combattants vétérans dans les premiers mois du conflit : après les victimes civiles décrites dans le premier volume, c’est là une autre des trop nombreuses horreurs de la guerre sur lesquelles Gundam a bâti une partie de sa réputation de sérieux et de réalisme ; notons aussi, au passage, que c’est une brillante mise en adéquation avec les « règles » de la culture manga qui prend souvent des adolescents pour héros principaux du récit.

Sur un plan plus psychologique, les caractères apparaissent mieux cernés et les relations entre certains personnages commencent à exposer certaines montées dans la tension qui prendront peu à peu forme dans les tomes suivants jusqu’à ce que… Mais ne gâchons pas le plaisir du lecteur et disons simplement que, sans atteindre des abîmes de complexité, ce qui du reste n’a jamais été le credo de la franchise, au moins sur le plan strictement narratif, ce second volume s’inscrit tout à fait dans la continuité du précédent mais en en prolongeant certains aspects tout en en suivant la même recette : avec discrétion et un second degré que tout esprit véritablement littéraire sait apprécier.

Les +

– les caractères des personnages commencent à s’affirmer… et à s’affronter
– la complexité de l’univers de Gundam bénéficie de quelques premières esquisses
– les différences de scénario avec l’anime original se font nettement sentir dans les détails

Les –

– scénario assez linéaire qui donne encore une apparence de simplicité à l’histoire
– les scènes d’action occultent des idées tout à fait représentatives du Japon d’après-guerre

Mobile Suit Gundam: The Origin vol.2 : Le Choc, Yoshikazu Yasuhiko, juillet 2002
(œuvre originale : H. Yatate & Y. Tomino ; mecha design : K. Okawara)
Pika, collection Shônen, décembre 2006
236 pages, 8 € 90, ISBN : 2-84599-675-6

tome précèdent : Activationtome suivant : Garma 1ère partie
la fiche de l’album chez Pika (avec présentation des premières planches)

Cette chronique fut à l’origine publiée sur le site JapanBar

Mobile Suit Gundam: The Origin, volume 1

Couverture de Gundam: The Origin vol.1Troisième adaptation de Mobile Suit Gundam en manga – après le Mobile Suit Gundam de Yuu Okazaki en 1979 et le Gundam 0079 de Kazuhisa Kondo paru dans les pages de Comic BomBom au cours des années 90 – Mobile Suit Gundam: The Origin apparaît dans le trimestriel Gundam Ace au cours de l’année 2002 sous le trait de Yoshikazu Yasuhiko. Vétéran de l’industrie de l’anime, Yasuhiko commence sa carrière comme chara designer chez Mushi Productions en 1970 avant d’intégrer Sunrise, le studio même qui crée la franchise Gundam en 1979 : s’il a travaillé sur nombre de projets devenus des classiques du genre, comme Space Cruiser Yamato ou Zambot 3, on lui doit aussi de nombreux mangas dont certains furent par la suite adaptés en animes, tels que Venus Wars ou Arion, avant de se consacrer presque exclusivement au métier de mangaka à partir de 1988 ; son travail sur cette adaptation reprend les mecha designs de Kunio Okawara – à qui on doit l’ensemble des designs de la saga Gundam depuis 30 ans – ainsi que la trame générale du récit original élaboré par Hajime Yatate – « nom de plume » du studio Sunrise – et Yoshiyuki Tomino – auteur majeur de l’industrie de l’anime qui réalisa des productions à présent légendaires telles que Yuusha Raideen ou Space Runaway Ideon (qui fut la première inspiration de Gainax pour leur Neon Genesis Evangelion) avant de se consacrer presque exclusivement à la saga Gundam pendant plus de 15 ans ; il a depuis réalisé d’autres productions remarquées pour leur originalité (Brain Powered et Overman King Gainer) entre plusieurs spin offs de la série Aura Battler Dunbine (Garzey’s Wing et The Wings of Rean) dont il est aussi le créateur original.

Monstre sacré de l’animation japonaise depuis le début des années 80, la franchise Gundam comprend maintenant plusieurs suites et univers alternatifs dont les diverses itérations et spin offs sont déclinés sur tous les médias. Mobile Suit Gundam: The Origin est une adaptation de Mobile Suit Gundam, aussi appelée First Gundam, toute première série de la franchise qui lança le mythe en avril 1979 : comme son titre l’indique, c’est donc à une sorte de « retour aux sources » que nous convie son auteur.

Dans ce futur proche, la colonisation du proche espace s’avéra la seule solution à l’impasse de l’exploitation à outrance des ressources naturelles de la Terre. Méprisés par l’élite demeurée sur la planète-mère grâce à ses relations avec la bureaucratie de la Fédération, les colons développèrent des courants de pensée révolutionnaires qui, après de nombreuses et sanglantes joutes politiques, menèrent à la fondation du Duché de Zeon : par ses innovations technologiques radicales, ce régime totalitaire ne tarda pas à faire basculer la sphère humaine dans l’effroyable holocauste de la Guerre d’Un An et occupa bientôt la plus grande partie de la Terre.

Mais sur une des colonies les plus éloignées, la Fédération a produit une arme capable de renverser le cours de la guerre en sa faveur. Alors que le vaisseau White Base vient chercher cet appareil afin de le ramener sur la Terre, un escadron des forces de Zeon s’infiltre dans la colonie pour mener une mission d’investigation. Celle-ci tourne court et, très vite, le combat s’étend aux zones civiles : afin de protéger sa vie et celles de tous ceux qui lui sont chers, le jeune Amuro Ray prend les commandes de l’arme révolutionnaire de la Fédération, le Gundam, afin de repousser l’ennemi. Mais le combat endommage gravement la colonie qui menace de s’effondrer en tuant tous ses habitants : ceux-ci sont évacués par le White Base qui s’échappe des décombres juste à temps pour se retrouver nez à nez avec Char Aznable, alias la Comète Rouge, le pilote le plus redoutable de Zeon.

En dépit de sa surface à l’aspect orienté action, l’histoire de Gundam reste essentiellement basée sur les personnages et présente donc un casting très dense : dans un souci de clarté et de concision, seuls les personnages apparaissant dans un volume de cette série seront présentés dans la chronique correspondante.

Amuro Ray : fils négligé de Tem Ray, l’ingénieur en chef responsable du projet destiné à équiper la Fédération de mobile suits capables de rivaliser avec ceux de Zeon, Amuro est un adolescent morose et asocial qui semble plus intéressé par les machines que par les gens. Quand la colonie de Side 7 est attaquée par Zeon, il se retrouve aux commandes du Gundam et c’est bien malgré lui qu’Amuro deviendra le pilote le plus redouté par les ennemis de la Fédération. Sa rencontre avec Lalah Sune le déchirera à jamais…

Bright Noa : simple officier cadet, Bright se trouve être le plus haut gradé survivant à bord du White Base après l’attaque sur Side 7 ; en dépit de son manque crucial d’expérience dans le commandement d’un bâtiment de combat, il n’aura d’autre choix que de combler ses lacunes sur le théâtre même des opérations. Pourtant, c’est encore Amuro qui malmènera le plus sa patience car le jeune prodige du pilotage de mobile suits est bien trop caractériel pour un capitaine tout juste sorti de l’académie militaire…

Char Aznable : pilote de mobile suits le plus redoutable de Zeon, il a gagné le surnom de Comète Rouge dans les tous premiers jours de la guerre, lors de la Bataille de Loum. Mais derrière son masque se cache en réalité une personnalité complexe et torturée dont les intérêts ne vont pas exactement en faveur du camp pour lequel il combat… As du pilotage, il trouve vite sa némésis en Amuro alors que sa relation à Seila Mass demeure longtemps obscure et que son amour pour Lalah Sune lui fera perdre tout ce qui lui est cher.

Seila Mas : très belle et charismatique, cette étudiante en médecine de Side 7 n’en est pas moins mystérieuse et assez froide au premier abord, ce qui renforce son talent inné pour l’autorité et le commandement. Réfugiée à bord du White Base, elle occupe le poste de liaison radio avec le Gundam quand celui-ci est de sortie et devient vite proche d’Amuro sans qu’aucun d’eux ne parviennent à s’expliquer vraiment cette attirance réciproque. Sa relation avec Char apparaît vite pour le moins complexe… et douloureuse.

L’auteur n’est pas un débutant et ça se voit : chacun des traits est à sa place exacte, sans rajouts ou fioritures inutiles, et confère aux images un réalisme indéniable tout à fait respectueux de l’esprit de l’œuvre originale qui introduisit le concept de « mechas réalistes » par opposition aux « super robots » qui régnaient alors sur le genre ; la maîtrise du dessin s’impose dans chaque expression des personnages, les cadrages et la mise en page générale, ainsi que dans les exagérations nécessaires pour appuyer un passage comique. Les chapitres sont introduits par quelques pages colorisées à l’aquarelle qui ajoutent un cachet certain et donnent un aspect nostalgique tout à fait en phase avec cette adaptation d’une série vieille de presque une génération à l’époque de la parution de ce manga au Japon. Les mecha designs sont très respectueux des originaux mais aussi considérablement modernisés : le trait de l’auteur donne ainsi une bonne cure de jouvence à des appareils jadis révolutionnaires mais qui sont à présent pour le moins datés ; on apprécie également de voir les mobile suits présentées d’une manière très « vivante » qui ne va pas sans rappeler les comics de super héros – avec lesquels le genre mecha entretient une parenté assez évidente – et qui souligne l’ensemble d’une touche de dynamisme à la fois surprenante compte tenu du thème mais aussi très bienvenue pour mieux rompre avec les clichés.

Dans les grandes lignes, le scénario est pratiquement une copie carbone du tout premier épisode de la série originale. Quelques détails ont néanmoins été ajoutés afin de mieux cerner les personnages, les situations et l’atmosphère générale, ainsi que divers détails techniques (comme la facilité avec laquelle Amuro prend en main le RX-78 par exemple). L’intrigue n’en reste pas moins simpliste et linéaire : c’est un tome d’introduction qui illustre bien un des concepts de base de Gundam, à savoir les horreurs de la guerre dont les innocents sont toujours les premières victimes ; malheureusement, l’emphase sur l’action des combats tend à diluer cet aspect clé de la franchise. De plus, les caractères des personnages – autre élément fondamental de la série originale – sont ici très peu exploités de sorte que le lecteur profane ne peut jauger la profondeur de l’aspect humain du récit qui, pour le moment, ne se différencie pas encore du shônen de base ; cependant, l’histoire de ce tome finit par un cliffhanger bienvenu qui donne envie de se pencher sur la suite. Au final, ce premier tome se résume à son titre, « Activation » : ce n’est donc que le début…

Pika nous propose une édition fidèle à l’originale dans sa présentation : la couverture au trait et à la trame sur un fond orange disparaît sous une sur couverture en quadri illustrée par Tôru Fukushima, du studio Smile, qui reprend à merveille le style de Yasuhiko. Hormis une courte citation de l’auteur sur l’intérieur de la jaquette, aucun bonus ni lexique ou pages de publicité ne sont présents ; la mention « À suivre… » clôturant le volume se double de la célèbre phrase « Survivrez-vous à cette guerre ? » qui terminait chacun des épisodes de la série originale : les fans apprécieront. Le papier est de bonne qualité et assez épais pour qu’on ne puisse pas voir les dessins imprimés de l’autre côté de la feuille, ou en tous cas pas assez pour que ce soit distrayant. Si la traduction sonne juste, certains termes restent parfois obscurs pour le profane et les dimensions des phylactères, conçus pour l’écriture japonaise, rendent obligatoires des coupures de mots ou bien des retours à la ligne qui nuisent parfois à la lisibilité ; la traduction est néanmoins due à Daniel Andreyev, fan confirmé de la saga, qui a repris l’orthographe officielle des noms des personnages telle qu’elles furent établies par Sunrise et Bandai : si quelques onomatopées ont été traduites, le sens de lecture original a toutefois été conservé.

Mobile Suit Gundam: The Origin a retenti comme un coup de tonnerre dans l’industrie du manga au Japon : adaptation très attendue, et depuis longtemps, d’une série mythique au sein d’une franchise prépondérante de la culture populaire de l’archipel, Yasuhiko n’avait pas droit à l’erreur ; l’immense succès de son travail, tant au Japon qu’aux États-Unis ou en Italie – seuls pays, avec la France, où ce manga a été traduit pour le moment – prouve qu’il a gagné son pari ; actuellement, seul le lectorat français reste réticent à cette œuvre… L’univers de science-fiction de Gundam, et tout ce que ce terme implique de « froideur » technique, est peut-être une des raisons derrière aussi peu d’engouement car les préférences de l’amateur français de shônen pour des choses plus axées sur les registres du fantastique ou de la fantasy sont bien connues : sur ce point, ce tome ne satisfait pas de telles attentes. De plus, la tournure très académique, pour ne pas dire obsolète, du scénario n’apporte rien d’assez nouveau pour piquer la curiosité du lecteur blasé depuis longtemps par d’autres productions du genre mecha qui sont pourtant des héritières de Gundam mais qui furent introduites chez nous avant celui-ci en faussant du même coup leur lien de parenté du point de vue de l’audience française. Reste la partie artistique : si elle ne décevra pas, rien n’assure pour autant qu’elle fera la différence en dépit de toutes ses immenses qualités…

Reprendre un classique aussi âgé que celui-ci est toujours une entreprise difficile : si l’adaptation est trop fidèle, les nouvelles générations ne s’y reconnaissent pas, et si elle est trop libre, les fans de la première heure s’estiment trahis. Le premier tome de cette série se trouve quelque part entre ces deux extrêmes, ce qui somme toute convient assez bien à l’état de « bâtard » qui caractérisait déjà First Gundam dès son premier épisode en avril 1979 – pour des raisons plus complexes que celles qu’on avance habituellement mais qui n’ont pas leur place ici. Donner à cette adaptation la forme indispensable pour qu’elle reçoive le succès qu’elle mérite auprès des nouveaux lecteurs aurait nécessité de revoir l’ensemble de ce début si profondément que le noyau des fans purs et durs l’aurait certainement rejetée avant même que celle-ci ait vu le jour… Il apparaît donc ici indispensable d’encourager les nouveaux venus à dépasser le stade de ce premier tome, et même des deux ou trois autres suivants, avant de juger si cette série mérite ou non de recevoir leurs deniers : comme tous les romans fleuve, Gundam est une histoire qui s’apprécie sur le (très) long terme et qui exige de la patience car sa surface simple toute bariolée de combats à l’allure faussement manichéenne cache bien, et souvent longtemps, une profondeur humaine jamais atteinte à l’époque dans le média anime et qui fut en son temps responsable d’une évolution majeure de cette industrie ; si Gundam exige de l’indulgence, il sait aussi la récompenser, à l’instar de tous les classiques. Quoi qu’il en soit, aucun otaku digne de ce nom ne saurait passer à côté.

Les +

– graphismes agréables et originaux, avec introduction en couleur des chapitres
– bon compromis entre les mecha designs originaux et les standards actuels
– scénario plus détaillé que l’anime original
– introduction fidèle à un titre culte qui fonda un genre nouveau de l’anime

Les –

– intrigue simple, peu représentative de la complexité de l’univers et de l’histoire de Gundam
– personnages peu exploités par rapport à leur potentiel réel
– phylactères souvent peu faciles à lire
– l’emphase sur les combats rebutera peut-être les profanes attirés par l’aspect mythique de l’œuvre originale, aspect ici mal représenté selon les standards en vigueur aujourd’hui

Mobile Suit Gundam: The Origin vol.1 : Activation, Yoshikazu Yasuhiko, juin 2002
(œuvre originale : H. Yatate & Y. Tomino ; mecha design : K. Okawara)
Pika, collection Shônen, octobre 2006
226 pages, 8 € 90, ISBN : 2-84599-657-8

– un autre avis : Fant’Asie
chronique du tome suivant : Le Choc
la fiche de l’album chez Pika (avec présentation des premières planches)

Cette chronique fut à l’origine publiée sur le site JapanBar

Mobile Suit Gundam

Jaquette DVD de l'édition américaine de Mobile Suit GundamDans ce futur de plus en plus probable à chaque jour, le Siècle Universel, la colonisation du proche espace, fut la seule solution à l’impasse de l’exploitation à outrance des ressources naturelles de la Terre. Méprisés par l’élite demeurée sur Terre grâce à ses relations avec la bureaucratie de la Fédération, les colons développent des courants de pensée révolutionnaires qui, après de nombreuses et sanglantes joutes politiques, mènent à la fondation du Duché de Zeon : avec des innovations technologiques radicales, ce régime totalitaire ne tarde pas à faire basculer la sphère humaine dans l’effroyable holocauste de la Guerre d’Un An et occupe bientôt la plus grande partie de la planète-mère.

Mais sur une des colonies les plus éloignées, un groupe de civils survivants d’un raid de Zeon se retrouve réfugiés de l’espace à bord du croiseur fédéral White Base dont les vétérans décimés ont laissé aux commandes un équipage de novices inexpérimentés. À son bord se trouve le plus puissant engin de combat de l’époque : piloté par le jeune civil Amuro Ray, le Gundam deviendra le nouvel espoir de la victoire contre les forces de Zeon alors que le vaisseau tente désespérément de rejoindre le Quartier-Général des Forces Militaires de la Fédération sur une Terre presque entièrement aux mains de l’ennemi…

Il faut être honnête, First Gundam a vieilli. Beaucoup mieux que certains animes mais moins bien que d’autres… On ne peut cependant évoquer l’animation japonaise en général et ses productions de science-fiction en particulier sans parler de cette série : Mobile Suit Gundam (0079) est une pierre angulaire du genre, dont la puissance innovatrice pousse à la révolution pure et simple – du moins dans le registre si particulier des animes en général et du genre mecha en particulier. Qu’on le veuille ou non, il y a un « avant » et un « après » Gundam, même si le succès ne fut pas immédiatement au rendez-vous et si la franchise a eu besoin de quelques années pour mûrir et trouver enfin sa place véritable…

Alors que la majorité des productions de l’époque mettaient en scène un robot unique et presque tout-puissant piloté par un héros sans peur et sans reproche devant lequel aucun ennemi n’aurait su triompher, Mobile Suit Gundam a introduit dans le thème du mecha ce qui allait le pousser dans une direction radicalement nouvelle, jamais vue, qui est depuis devenue un genre à part entière : d’une manière peut-être un peu précipitée, on l’appela « mechas réalistes ». Car si Gundam innove c’est avant tout dans sa façon de présenter les machines : en s’inspirant ouvertement des scaphandres de combat blindés et mécanisés exposés dans le roman de science-fiction Starship Troopers – et seulement de cet aspect technique précis – (1) écrit par Robert A. Heinlein, les créateurs de Gundam proposèrent un modèle de « robot géant » radicalement nouveau qui, par son réalisme technologique, certes tout relatif et pour le moins discutable, le gigantisme n’étant pas forcément un avantage sur le champ de bataille, devait être amené à conditionner entièrement le reste de leur récit ; parties intégrantes de l’armement militaire et ainsi issus d’un système de production industriel au même titre que les tanks et les avions de nos jours, les mobile suits n’ont plus rien des « super robots » qui régnaient en despotes absolus sur l’animation nippone des 70s. Au lieu de machines fabuleuses pratiquement invulnérables et manipulées par des héros flirtant avec les limites du surhomme dans tout ce qu’il a de plus caricatural, Gundam nous propose de simples véhicules pilotés par des gens à l’humanité souvent tragique et qui trouveront dans la guerre un chemin bien sûr tortueux mais aussi tout assurément douloureux et humain…

Et « humain » est bien le maître-mot de Gundam : rarement on aura vu les personnalités s’affronter de façon aussi passionnée pour tenter, assez vainement, d’échapper à un passé sombre qui resurgit pourtant toujours et surtout lorsqu’on s’y attend le moins. Car, au contraire de la grande majorité des productions de l’époque dans le genre mecha, Gundam ne narre pas une énième défense désespérée de l’Humanité contre une autre invasion extra-terrestre : ce qui fait toute la force de Gundam, et qui est depuis devenu son credo, c’est l’illustration des conflits humains et des passions qui les sous-tendent ; volonté de puissance et vengeance, affrontement des idéologies et des convictions, conservatisme des élites dirigeantes pour préserver leur mode de vie privilégié et exploitation des basses classes sociales dans la construction de cette civilisation à deux vitesses, lutte d’un peuple opprimé pour recouvrer sa liberté et rôle des tyrans dans la manipulation de ces masses vers un nouvel holocauste, besoin viscéral de survivre face à l’adversité et la mort de l’enfance qui s’ensuit,… C’est dans ce kaléidoscope infernal de pulsions primaires, mais pourtant fondamentales, que Gundam précipite son spectateur. Sans concessions et sans illusions, ce n’est pas le genre de la maison : Gundam est brut de décoffrage et tape directement là où ça fait mal, sans préliminaires ou baratin inutile… Mais cette humanité du propos se trouve aussi dans les fondements même de l’univers de la série puisque, outre une influence probable du roman Révolte sur la Lune par le même Robert Heinlein déjà évoqué, cet univers repose presque entièrement sur le modèle de colonisation spatiale échafaudé pour la NASA par le Dr. Gerard K. O’Neill de l’Université de Princeton, et qui se voulait une solution non seulement au problème de la surpopulation mais aussi à celui de l’impasse énergétique – deux thèmes qui sont toujours préoccupants, et pour le moins d’actualité comme chacun le sait – en s’affichant ainsi comme une sorte d’utopie technologique d’où tous les conflits seraient exclus puisque l’Humanité n’y manquerait jamais de rien, ni d’espace vital, ni de ressources. Mais, dans Gundam, c’est la concrétisation même de cette idée qui a précipité l’Humanité dans le plus horrible conflit de son Histoire : ainsi, et en dépit de son emphase sur les éléments techniques, un aspect du récit ici très poussé pour un anime de l’époque, Gundam jette malgré tout au panier l’optimisme béat et un rien naïf des techno-scientistes de tous poils persuadés que seules les sciences et les technologies peuvent sauver le genre humain – une problématique somme toute bien nippone puisque le Japon a toujours eu du mal à accepter cette industrialisation imposée par l’occupant américain en 1945. De sorte que si Gundam se pare de techno-scientisme, c’est surtout pour mieux en dénoncer les abus ou dérives, et ainsi mieux replacer l’humain – encore une fois – au centre du débat, ce qui n’est jamais qu’une autre définition de la science-fiction.

Bien sûr, l’animation a un certain âge. Les designs aussi d’ailleurs : difficile de ne pas sourire devant les allures de certains appareils qui sentent bon le style d’antan. Ils ont été révolutionnaires pourtant, et ont tracé un sentier que des centaines d’autres auteurs talentueux ont su suivre à leur tour pour perpétuer le genre et lui donner ses lettres de noblesse. La version cinéma de la série, la Gundam Movie Trilogy (2), a su reprendre ces designs de manière efficace et convaincante même pour les spectateurs actuels pour peu que ces derniers aient assez d’ouverture d’esprit. Il y a aussi certains détails du scénario qui sont restés des réminiscences du genre « super robot » tel que le syndrome « enemy of the week » qui remplit peut-être un peu trop d’épisodes mais d’une manière pourtant assez innovante en général ; et puis aussi, à cette époque il était assez commun d’apprendre à piloter des robots géants en lisant le manuel, mais ce n’est qu’un détail sans réelle influence sur l’ensemble de l’histoire. Malheureusement, on regrette que le manque de succès de ce programme à la télévision japonaise lors de sa première diffusion ait forcé la production à le tronquer de ses derniers épisodes, ceux-là même qui étaient supposés lui donner toute son ampleur : encore une fois, et heureusement, c’est la version grand écran qui comble les trous…

Malgré tous ces défauts, assez mineurs somme toute, et qui cadrent assez bien avec l’époque, Gundam reste un tournant décisif dans le monde de l’anime, un classique absolu sans lequel les choses ne seraient probablement pas devenues ce qu’elles sont maintenant. Je me permet ici de renvoyer le lecteur à mon dossier Mobile Suit Gundam : Author’s Cut sur le roman écrit par le créateur de la série, Yoshiyuki Tomino, où l’idée originale de l’auteur est présentée de manière plus complète et fidèle au concept de base, sans toutes les préoccupations bassement mercantiles – mais hélas nécessaires – qui ont conduit une fois de plus la production à abâtardir l’idée au nom du profit.

(1) Martin Ouellette, dans son article « What’s “Gundam”? » (Mecha-Press n°1, Ianus / New Order Publications, janvier-février 1992, p.5), où il reprend les dires de Frederik L. Schodt dans son introduction à la première édition anglaise du roman en trois volumes « Mobile Suit Gundam » (1979-1981) de Y. Tomino.

(2) voir l’avis de Mackie sur Les chroniques d’un newbie.

Notes :

Mobile Suit Gundam, aussi appelée Gundam 0079 ou encore First Gundam, fut la toute première série Gundam, qui donna naissance à la franchise du même nom dont les diverses productions s’étalent sur plusieurs univers alternatifs sans aucune relation les uns avec les autres, à l’exception de Turn A Gundam.

Cette série était initialement prévue pour 52 épisodes mais compte tenu de son mauvais taux d’audience, elle fut réduite à 39 épisodes. Cependant, Sunrise – le studio de production à l’origine du projet – put négocier un mois supplémentaire afin de terminer l’histoire, ramenant ainsi le compte des épisodes à 43. À l’instar de productions comme Star Trek, la popularité de Mobile Suit Gundam s’est établie avec les rediffusions ainsi que, chose rare pour l’époque, l’immense sucés des lignes de jouets dérivés. Par la suite, l’univers de Mobile Suit Gundam accueillit de très nombreux autres produits dérivés tels que mangas et jeux vidéos.

En dépit de son échec à l’audimat japonais, Mobile Suit Gundam reçut l’Anime Grand Prix – récompense décernée par le magazine Animage à travers un vote des lecteurs pour déterminer le meilleur anime de l’année – à la fois en 1979 et pour la première moitié de 1980 ; ce fut la première fois que l’Anime Grand Prix fut attribué. Il récompensa, pour la seconde moitié de 1980, la série Space Runaway Ideon, elle aussi un échec à l’audimat, du même réalisateur, Yoshiyuki Tomino.

Cette série fut reformatée en movie trilogy au format cinéma avec ajout de nouvelles séquences et quelques modifications de designs ainsi qu’un approfondissement du thème de base. C’est la Gundam Movie Trilogy qui est considérée comme « canon » en termes de continuité dans la chronologie Universal Century, et pas la série télévisée. Cette trilogie de films est actuellement disponible en VOSTF chez Beez.

Le lecteur curieux à propos du modèle de colonisation spatiale développé pour la NASA par le Dr. Gerard K. O’Neill souhaitera peut-être se pencher sur son ouvrage The High Frontier: Human Colonies in Space, dont une ancienne édition fut traduite en français et publiée chez Robert Laffont en 1978 sous le titre Les villes de l’espace – Vers le peuplement, l’industrialisation et la production d’énergie dans l’espace ; à noter cependant que l’édition américaine a été rééditée en 2001 et considérablement augmentée sur le plan des toutes dernières technologies aérospatiales par les meilleurs experts américains sur le sujet (Collector’s Guide Publishing, 184 pages, ISBN : 978-1-896-52267-8).

Mobile Suit Gundam (Kido Senshi Gundam), Yoshiyuki Tomino
Sunrise, Sotsu Agency & Nagoya Broadcasting Network, 1979
43 épisodes, pas d’édition française à ce jour

Cette chronique fut à l’origine publiée sur le site Animeka


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