Downlink: The Game of Planetary Discovery

Couverture du jeu de plateau Downlink - The Game of Planetary DiscoveryUne fois n’est pas coutume, le sujet de cet article concerne un projet Kickstarter. Pas n’importe lequel toutefois, car il se trouve que j’y ai participé dans des proportions plus que conséquentes comme graphiste et illustrateur. Pour cette raison au moins, donc, je souhaite son meilleur succès et de la même façon compte aussi sur l’indulgence du lecteur de ces lignes qui s’étonnera peut-être de me voir me livrer ainsi à une telle publicité.

Downlink: The Game of Planetary Discovery se joue de deux à six personnes et propose à celles-ci de construire des fusées pour expédier dans l’espace des sondes et autres véhicules équipés de divers instruments de recherche afin de mener à bien l’exploration de planètes du système solaire. Le but du jeu, comme son sous-titre l’indique, consiste à faire le plus de découvertes scientifiques possibles. Comme il s’agit aussi de sensibiliser le public à la démarche scientifique en général et celle de l’exploration spatiale en particulier, et de préférence en s’amusant bien sûr, le jeu se veut avant tout réaliste. Ses règles respectent donc les connaissances en vigueur dans les domaines de l’astronomie et des différentes contraintes du vol dans l’espace.

Exemple de mise en place du jeu de plateau Downlink - The Game of Planetary Discovery

Sur ce point du réalisme scientifique, le lecteur appréciera de savoir que le créateur du jeu, Dante Lauretta, est un spécialiste du domaine. À la fois enseignant en science planétaire et en cosmochimie, il dirige actuellement la mission OSIRIS-REx de la NASA chargée de ramener sur Terre des échantillons de l’astéroïde géocroiseur Bénou. De plus, on doit au même concepteur Xtronaut: The Game of Solar System Exploration (2016) et Constellations (2017) qui connurent chacun un net succès sur Kickstarter en leur temps. Bref, Downlink… ravira tous ceux d’entre vous friands de véracité comme de bon temps à plusieurs, et puisqu’il s’agit aussi d’un jeu pour tous publics les parents y trouveront de quoi sensibiliser leurs enfants aux sciences de l’espace.

Exemples de cartes à jouer du jeu de plateau Downlink - The Game of Planetary Discovery

Pour ceux d’entre vous qui souhaitent en savoir plus sur le projet et ses mécaniques comme ses différentes phases de jeu mais aussi ses stretch goals et sa date de livraison ainsi que tous les autres détails caractéristiques de Kickstarter où il se trouve jusqu’au 15 décembre, sa page se trouve ici même. Je vous invite aussi, bien évidemment, à consulter la page Artstation où je présente les principaux travaux de graphisme que j’ai réalisé pour ce jeu et qui m’ont gardé bien occupé pendant ces six derniers mois – expliquant du même coup pourquoi les publications du blog sont devenues un peu erratiques ces derniers temps : elles ne rentreront pas tout à fait dans l’ordre avant un certain temps puisqu’il me reste encore quelques éléments à finaliser pour Downlink…

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Traité d’économie hérétique

Couverture de l'essai Traité d'économie hérétique

« La dette publique est un danger pour les générations futures », « La France n’a pas fait de réformes depuis plus de trente ans », « Notre modèle social est inefficace », « Le Code du travail empêche les entreprises d’embaucher », « Une autre politique économique, c’est finir comme le Venezuela » ; telles sont les affirmations ressassées en boucle depuis plus de trente ans par une petite élite bien à l’abri de ce qu’elle prétend nécessaire d’infliger au reste de la population pour sauver la France.

Ces idées ont tellement pénétré les esprits qu’elles ne semblent plus pouvoir faire l’objet du moindre débat. C’est justement l’objet de ce livre : regagner la bataille des idées, refuser ce qui peut paraître du bon sens, tordre le cou à ces prétendues « vérités économiques ».

Savez-vous qu’il y a eu plus de 165 réformes relatives au marché du travail depuis 2000 en France ? Que nous avons déjà connu une dette publique représentant 200 % du PIB ? Que plus de la moitié de la dépense publique profite au secteur privé ?

Dans ce traité d’économie hérétique, Thomas Porcher nous offre une contre-argumentation précieuse pour ne plus accepter comme une fatalité ce que nous propose le discours dominant.

Comme l’indique le sous-titre de cet ouvrage, l’intention de son auteur ici consiste à « en finir avec le discours dominant » : celui qu’on répète en boucle sur ces chaînes de soi-disant information continue mais aussi sur la plupart des radios et dans la plus grande partie des journaux, en donnant ainsi l’impression qu’il correspond à une vérité absolue et donc indiscutable. Sur ce point, Thomas Porcher entame son essai par la parfaite démonstration que, de science, l’économie n’a que le nom en évoquant les économistes Jean Tirole et Joseph Stiglitz soient deux prix Nobel dans leur domaine et qui, sur un même sujet, aboutissent à deux conclusions radicalement différentes, pour ne pas dire contradictoires. Ceci posé, il peut entrer dans le vif du sujet et celui-ci ne déçoit pas.

À travers des thèmes aussi divers mais néanmoins liés, voire simplement connexes, que la soumission volontaire à un cadre de réflexion biaisé, le mythe de la réussite individuelle, la constante libéralisation du marché du travail, l’épouvantail de la dette publique, le rôle pour le moins ambigu de la finance dans l’économie réelle, la sempiternelle dévalorisation du rôle des cotisations professionnelles dans la pérennité de notre système social, l’hypocrisie de nombre de groupes d’influence sur le dérèglement climatique, le fiasco de l’union européenne, l’arme de domination massive qu’est le libre-échange, ou le travail de sape du FMI dans sa politique de prêts financiers, l’auteur détaille la novlangue qu’utilise le discours dominant pour s’imposer. Il n’y a pas si longtemps, on aurait parlé de propagande.

La comparaison se veut d’autant plus volontaire que cette technique de façonnage de l’opinion apparut aux États-Unis, qui a toujours ignoré le concept même de gauche, avant de s’épanouir dans les dictatures des années 30 dont la plus nocive se vit soutenue par les grands industriels et financiers de l’époque – ceci amena peut-être le poète à chanter que les bourgeois ne voient pas leurs propres cimetières… Bref, il y a dans de tels procédés des relents inquiétants, au mieux, voire simplement tragiques, au pire, quand on voit ce qu’ils permettent comme destruction de la civilisation, celle-là même qui se bâtit toujours sur l’entraide et la coopération (1) au lieu de cette compétition permanente que promeut sans cesse le capitalisme au nom d’un bien commun qu’on voit pourtant sans cesse s’éloigner davantage.

Devant une telle capitulation du système d’information global face aux intérêts privés, ses organes étant souvent possédés, au sens strict du terme, par des grosses fortunes qui empêchent ainsi certaines données de circuler, de préférence celles qui leur portent préjudice (2), il devient urgent de faire savoir aux citoyens quelle déformation des faits pèse sur eux. Je ne parle pas de mensonges car, comme exposé en début de billet, la thèse de l’auteur repose sur le fait que l’économie n’est pas une science objective. Une idée dans ce domaine s’oriente donc forcément selon un parti pris. Tout le problème étant que le même parti pris est sans cesse mis en avant, les autres se voyant occultés en empêchant un invité d’exposer sa pensée, ou bien simplement ignorés, voire ridiculisés. Inutile de citer des exemples.

Ainsi, parce que le système et son discours dominant deviennent nocifs en empêchant les individus de développer leur propre opinion à travers la confrontation d’arguments, base de toute pensée éclairée, l’auteur nous présente bien ici un problème de liberté tout en soulignant l’hypocrisie d’un système qui prétend défendre les libertés individuelles alors qu’il les réduit. Au reste, une culture historique simple suffit à savoir que tous les pouvoirs ont toujours œuvré à leur pérennisation – que pourraient-ils faire d’autre ? Or, l’aide massive des états accordée aux banques après les événements de septembre 2008 a bien prouvé vers qui penchait la loyauté des dirigeants politiques dans l’ensemble des pays industrialisés. Il faut bien un peu de reconnaissance du ventre après tout…

Pour toutes ces raisons, et bien d’autres que j’oublie, lire ce livre apparaît moins comme un conseil que comme une nécessité. Il n’y a pas de liberté sans effort après tout, et surtout pas de liberté de l’esprit.

(1) Frans de Waal, L’Âge de l’empathie (Les Liens qui libèrent, 2010, ISBN : 2-918-59707-4).

(2) Gary Leech, Le Capitalisme : Un Génocide structurel (Le Retour aux sources, 2011, ISBN : 978-2-355-12046-6).

Traité d’économie hérétique, Thomas Porcher
Librairie Arthème Fayard, mars 2018
240 pages, env. 18€, ISBN : 978-2-213-70763-1

Pompoko

Jaquette DVD de l'édition française de l'anime PompokoDans une montagne résident les Tanuki, une espèce mi raton laveur mi blaireau. Comme dans les contes, les tanuki ont le pouvoir de changer de forme quand ils le désirent. Leur vie insouciante entrecoupée de batailles entre tribus de Tanuki ennemies leur fait ignorer la présence toujours plus proche des hommes, jusqu’au jour où ces derniers décident de faire de la montagne une ville. Les Tanuki vont alors tenter d’effrayer les humains en jouant avec leurs pouvoirs extraordinaires. Cependant, il en faudra plus pour que les hommes renoncent à s’approprier l’espace offert par les forêts… et nos Tanuki ne sont pas au bout de leurs peines ! 

Si vous cherchez un film intelligent et drôle à la fois, émouvant et poétique sans verser dans le cul-cul, original tout en rendant hommage aux vertus traditionnelles, voilà ce qu’il vous faut : encore une fois, et pour peu qu’on ne considère que l’époque où ce film vit le jour il y a bientôt une génération, le staff de studio Ghibli prouvait là de manière indiscutable qu’ils maîtrisaient, et maîtrisent encore pleinement leur sujet à l’inverse de nombre d’imitateurs dont le talent s’est fané au fil du temps.

Comme toujours avec de tels auteurs, ce n’est pas le résumé de l’histoire qui m’a fait regarder ce film pour la première fois il y a maintenant plus de dix ans. Le nom de Ghibli m’a suffi et j’ai passé un de mes meilleurs moments d’anime, dont je garde encore un souvenir aussi intense qu’ému. Car Pompoko compte parmi ces histoires qui ne se basent sur la légende et la tradition que pour mieux les absorber, les faire siennes à travers une parodie fine doublée d’un discours à la pertinence subtile.

Ici, en effet, la modernité se voit une nouvelle fois questionnée par des éléments mythologiques traditionnels replacés dans un monde contemporain où le plus néfaste n’est pas forcément celui qu’on croit. Et depuis, cette problématique si typiquement nipponne a fini par gagner l’ensemble des pays industrialisés. Pour cette raison au moins, vous ne vous tromperez pas beaucoup en décidant de découvrir, ou de redécouvrir cette œuvre éternelle sous bien des aspects et en particulier ceux qui comptent.

Pas de moralisme lourdaud cependant, ni de happy end d’ailleurs, techniquement parlant du moins puisque l’histoire ne finit pas « mal » à proprement parler non plus. Beaucoup d’humour par contre. Et de la dérision. Peut-être parce que ne pas se prendre trop au sérieux reste une des meilleures recettes du monde mais aussi en raison des origines nippones de l’œuvre. Car on peut distinguer ici une résurgence de ce grotesque zen qui amplifie tous les défauts d’un sujet pour mieux en cerner l’essence.

Quelques longueurs ici et là tendent à faire penser que le film aurait pu être raccourci d’un petit quart-d’heure mais ce très léger défaut reste bien assez sporadique pour passer inaperçu. La magie est bien là tout le long par contre. En fait ce film en donne presque sa propre définition, assez ancienne d’ailleurs, celle que Hollywood a une fâcheuse tendance à nous faire oublier avec des histoires convenues et farcies d’effets spéciaux aussi inutiles que racoleurs.

Pompoko, Isao Takahata, 1994
Walt Disney Studios Entertainment, 2006
119 minutes, env. 9€

Réalités Volume III

Couverture de l'anthologie Réalités Volume IIICeux d’entre vous qui ont apprécié ma nouvelle Mourir libre (voir mon billet de janvier dernier) seront certainement heureux d’apprendre qu’un autre de mes textes courts, Le Pays des cyclopes, paraîtra dans le troisième volume de l’anthologie Réalités dirigée par Tesha Garisaki. Sortie prévue le 15 septembre en numérique sur Amazon, Fnac, Kobo, 7switch, Nolim, Espace culturel Leclerc, Archambault & Ibookstore. Une version papier en sera aussi disponible sur Amazon. D’ici là, voyez la présentation du volume sur le site de l’éditeur.

Vagabond

MechAssault

Jaquette DVD de l'édition PAL du jeu vidéo MechassaultLes cendres de la guerre civile Davion-Steiner fument encore quand surgit une nouvelle menace pour la Sphère Intérieure. La Parole de Blake, une faction fanatique issue d’un schisme dû à une réorientation radicale de la Comstar, se prépare à lancer un djihad qui n’épargnera aucun hérétique. Et soudain, le monde d’Hélios cesse toute communication. Alors qu’un vaisseau des Dragons de Wolf commandé par Natalia Kerensky descend sur la planète pour investiguer, le navire est abattu et son équipage se retrouve cloué au sol…

Poursuivant la simplification des contrôles qui rendit Mechwarrior 4 (FASA Interactive, 2000) bien plus accessible que n’importe lequel des opus précédents de la franchise, MechAssault en fit peut-être trop. Car en abandonnant complétement l’aspect simulation de la licence pour entrer de plein pied dans l’arcade, ou quelque chose comme ça, ce titre perdit ainsi ce qui faisait pourtant la substantifique moelle de Battletech (FASA Corporation, 1984) : la reconstitution de combats de mechs et ce, dans les moindres détails – peut-être un peu trop d’ailleurs puisque une partie du jeu de plateau original pouvait prendre plusieurs heures. Si la série Mechwarrior était parvenue à un juste équilibre entre jouabilité et fidélité à l’œuvre de départ, MechAssault, de son côté, semble ne se soucier ni de l’un ni de l’autre.

Non qu’il s’agisse d’un mauvais jeu, loin de là à vrai dire, mais juste qu’en dehors de certains éléments caractéristiques de l’univers de Battletech et qui se situent avant tout dans le récit du jeu, rien ne permet vraiment de relier ce titre à la franchise prise dans son ensemble. En fait, tout porte à croire que les développeurs de Day 1 Studios ne savaient pas vraiment quoi faire du matériel à leur disposition. Entre les noms et les configurations de battlemechs fantaisistes, le scénario apocryphe et la jouabilité générale résolument orientée action à grand spectacle au lieu de miser sur une tactique élaborée, d’autant plus que le joueur se retrouve presque toujours seul devant des ennemis d’ordinaire très nombreux, il paraît difficile à un fan de Battletech d’y trouver ce qu’il cherche.

Pour autant, MechAssault ne déçoit pas. Car en passant sur console de salon, dont il adopte les codes à la perfection, le titre s’affirme surtout comme sa propre franchise à défaut d’une réinvention de la série sur un support différent. Avec sa jouabilité qui fait la part belle aux effets spéciaux, surtout les pyrotechniques, et la destruction à grande échelle, notamment en milieu urbain, ce jeu procure un pur plaisir de gamer. Et si on ne passe plus d’heures à peaufiner la configuration de son mech’, on se rattrape sur la variété des designs mis à disposition en avançant dans la campagne. D’ailleurs, il faut préciser que le titre ne force pratiquement jamais l’utilisation d’un type de mech’ plutôt qu’un autre, laissant ainsi le joueur libre d’utiliser sa propre technique de pilotage pour mener à bien la mission.

S’il fallait oser de vouloir simplifier Battletech à ce point-là, force est de constater que MechAssault réussit son pari, non de restituer l’expérience de la franchise originale mais plutôt de proposer un jeu de mecha aussi agréable que bien pensé et, surtout, très fun.

Notes :

Le succès de MechAssault permit à Day 1 Studio de poursuivre l’aventure Battletech à travers un second titre, MechAssault 2: Lone Wolf qui sert de suite directe à MechAssault. Par contre, MechAssault: Phantom War, opus développé par Backbone Entertainment pour la Nintendo DS, se situe à part.

Mechassault
Day 1 Studios, 2002
Xbox, environ 3 € (occasions seulement)

Venezuela, en temps de guerre


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