Total Recall

Affiche du film Total RecallMilieu du XXIe siècle. Sur Mars, la colonie fédérale est à la botte de l’administrateur Cohaagen, un homme violent et sans scrupule qui règne sur les colons d’une main de fer. Sur Terre, Douglas Quaid mène une vie heureuse : un bon job, une épouse magnifique… Mais tous les soirs, il rêve qu’il visite Mars avec une femme qu’il n’a jamais vu, alors qu’il n’a jamais mis les pieds sur cette planète.

Malgré les avertissements de ses proches, il recourt aux services de l’agence Rekall pour réaliser son rêve en se faisant modifier la mémoire par l’implantation de faux souvenirs d’un voyage sur Mars. Il choisit en option de vivre les aventures d’un agent secret… Mais l’implantation ne se passe pas très bien : quand il revient à lui, des gens peu recommandables sont à ses trousses.  Comme s’il en savait trop. Comme un agent secret découvert et qui doit disparaître…

Il finit par apprendre qu’il doit se rendre sur Mars pour résoudre ce mystère. Mais qui ça « il » au fait ? Doug Quaid ou un autre ? Est-il bien celui qu’il croit être ?

Ce film est ce que je considère comme un excellent compromis entre le respect qu’un réalisateur doit montrer pour l’œuvre dont il s’inspire et les exigences que réclament les productions de science-fiction pour le grand écran. D’abord parce que Verhoeven se place ici tout à fait dans la lignée du thème principal développé par Philip K. Dick (1928-1982) dans l’ensemble de sa production, et ensuite parce que le réalisateur n’est pas tombé dans le piège de l’artiste maudit hypnotisé par les mânes de l’intellectualisme primaire : c’est une œuvre satisfaisante à la fois pour les aficionados des explorations de l’âme humaine et pour les fans de films d’action bien menés.

Le lecteur profane appréciera certainement que je revienne un instant sur le thème principal qui sous-tend la production de Philip K. Dick avant de poursuivre. Cet auteur de science-fiction s’est en effet illustré dans de très nombreux récits reposant sur l’idée que la réalité n’est pas forcément celle qu’on croit ; la remise en question de l’identité y est un thème connexe et souvent présent. Il s’agit ni plus ni moins de la concrétisation, à travers le prisme de la science-fiction, des fondements même de la psychanalyse – dans le sens où notre définition de la réalité ne dépend que de notre personnalité et que celle-ci n’est jamais que le produit de nos expériences. Ou quelque chose comme ça. Je ne m’étendrais pas davantage sur l’intérêt de cette œuvre prise dans sa globalité et me contenterais de souligner qu’elle me semble assez surestimée en général, son auteur ayant en réalité toujours utilisé les même ficelles sans jamais parvenir réellement à se diversifier (1). Il me semble…

Quoi qu’il en soit, ce film est une brillante adaptation de ce thème prépondérant dans l’œuvre de Dick (2) et, du moins à ma connaissance, le premier du genre. En effet, il apparaît assez vite au cours du récit que l’identité même de Quaid est pour le moins sujette à caution : bien avant qu’il arrive sur Mars, déjà, une information le laisse pantois – et le spectateur avec lui. Et une fois parvenu à la conclusion du film, le mystère demeure. Car tous les événements de cette histoire correspondent effectivement au souhait que fait Quaid chez Rekall, et l’aventure qu’il vit est bien digne d’un James Bond. Alors, cette aventure a-t-elle bien eu lieu, ou bien n’est-elle que le produit de l’imagination de Quaid ? Avons-nous bien vécu la « réalité » avec lui ou bien sommes-nous, comme lui, restés prisonnier de son délire ? Évidemment, les spécialistes de ce film et de Philip K. Dick se rangent chacun dans deux camps précis dont les réponses à ces questions se situent à l’opposé de celles de l’autre bord. Vous n’aurez qu’à vous faire les vôtres. Elle seront tout aussi valables. Croyez-moi sur parole.

Reste l’autre facette de ce film, qui concerne son aspect spectaculaire. Mais comme il s’agit d’un Schwarzenegger réalisé par Verhoeven, il y a peu de chance que vous soyez déçu sur ce point, de sorte qu’il est inutile de rentrer dans les détails…

(1) à ce sujet, je ne pourrais jamais assez recommander non les romans de Dick mais au contraire ses nouvelles, qui ont au moins le mérite de faire dans le bref plutôt que de s’étioler dans un délire permanent et somme toute assez lassant…

(2) je dis bien l’œuvre en général et non la nouvelle précise dont ce film est tiré, celle-ci étant beaucoup plus courte et bien moins pertinente que son adaptation, du moins pour ce que j’en ai entendu dire puisque je ne l’ai pas lue moi-même.

Notes :

Ce film est une adaptation très libre de Souvenirs à vendre (We can Remember it for You Wholesale), une nouvelle de Philip K. Dick publiée en 1966 et présente dans de nombreux recueils et anthologies.

Ce même texte inspira aussi une série TV, Total Recall 2070, une co-production américaine, canadienne  et allemande  en 22 épisodes de 42 minutes.

Total Recall, Paul Verhoeven, 1990
Optimum Home Entertainment, 2008
113 minutes, env. 9 € neuf

8 Responses to “Total Recall”


  1. 1 NicK 6 octobre 2011 à 16:48

    « Je ne m’étendrais pas davantage sur l’intérêt de cette œuvre prise dans sa globalité et me contenterais de souligner qu’elle me semble assez surestimée en général, son auteur ayant en réalité toujours utilisé les même ficelles sans jamais parvenir réellement à se diversifier (1). Il me semble… »
    Tu me chagrines là.

    Et en plus il y a Sharon Stone en sal*pe qui mérite son sort et Michael Ironside en méchant qui échoue toujours.🙂
    Que demander de plus ? 2 semaines de vacances sur Mars ? :p

    NicK


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