Akira : 20 ans après (fin)

Sommaire du dossier

Introduction

L’œuvre et son auteur
1) Avant Akira

2) Pendant Akira
3) Après Akira

Une œuvre cyberpunk ?
1) Cyberpunk et science-fiction

2) Cyberpunk et Akira

Les personnages
1) Tetsuo Shima

2) Kanéda Shotaro
3) Kay
4) Le Colonel Shikishima

L’image du surhomme
1) Akira et… Akira

2) Akira et Tetsuo

Conclusion et sources (le présent article)

Conclusion

Il y a donc vingt ans, Akira déboulait dans les salles obscures du Japon pour ensuite illuminer le reste du monde. Illuminer non d’un point de vue métaphysique mais bel et bien d’un point de vue culturel, notamment en prouvant au monde entier que non seulement la BD japonaise pouvait accoucher d’une œuvre majeure et que son cinéma d’animation n’avait rien à envier aux plus grandes productions occidentales, mais aussi – et surtout – que la pop culture nippone était tout à fait en mesure de parler aux jeunes générations de toute la planète. En France par exemple, seuls sept mangas parurent de 1979 à 1989, mais dans les trois années suivantes on en vit treize (dont une douzaine d’Otomo) alors qu’à l’aube du troisième millénaire on comptait prés de deux cent titres par an et que le chiffre atteint à présent des sommets himalayens, il suffit de se rendre dans n’importe quelle librairie BD pour s’en assurer.

Si l’influence du créateur d’Akira sur les auteurs nippons de la décennie 80 est telle que la critique spécialisée du Japon parla longtemps de « Choc Otomo », son impact sur le reste du monde reste sans précédent, à la fois directement (les éditeurs spécialisés dans le manga et l’anime ne se comptent plus) comme indirectement (les productions locales « imitant » le style manga fleurissent partout). De sorte qu’on en finit plus de mesurer l’importance d’Akira, encore considéré comme la quintessence du manga et dont la réputation transcende les limites des cercles spécialisés. Pour cette raison, on parle souvent à son sujet de révolution : même si le terme est peut-être exagéré, au moins un peu, il reste certain que l’impact d’Akira sur l’exportation de la culture manga dans le reste du monde ne peut en aucun cas être sous-estimé en dépit du rôle, souvent important, joué sur ce même terrain par d’autres œuvres antérieures à celle-ci.

Reste Otomo himself. Si son statut de maître du genre reste incontestable, le bilan de ses œuvres récentes laisse une impression plus mitigée que l’explosion de sens et de forme qu’a donné sa pièce maîtresse : en dépit de quelques réalisations tout à fait intéressantes, force est de constater que ses travaux suivants n’atteignent pas le même niveau de complexité et de profondeur qu’Akira. Doit-on donc voir dans Akira un « coup de génie » – ce qui ne serait qu’une autre formulation de « coup de chance » finalement – ou, pire, doit-on considérer ses œuvres suivantes comme une forme de régression ? À moins, c’est une troisième possibilité, qu’il faille y voir une rédemption de leur auteur : après avoir atteint l’apogée de la noirceur dans le sens et la perfection de la représentation dans la forme, ainsi que le succès non seulement critique mais aussi commercial, tant sur le plan local qu’à l’international, Otomo semble avoir réalisé sa propre catharsis – au sens psychanalytique du terme, c’est-à-dire la libération ou la liquidation d’états affectifs élémentaires restés longtemps refoulés dans le subconscient et devenus responsables d’un traumatisme psychique – comme il l’évoquait dans les pages de Mad Movies à propos de ses motivations quant à l’adaptation de son manga en anime (pour rappel, il avait déclaré : « Au-delà de notre perception du quotidien, la planète va inexorablement vers sa destinée cosmique. J’ai senti là le défi de créer le plus grand spectacle, la plus grande catharsis, jamais entrepris jusqu’alors. »), encore que ces propos semblent plus avoir une portée inconsciente qu’être une réelle déclaration d’intention quant à l’interprétation avancée ici. Après une jeunesse tumultueuse sur le plan intellectuel dans le Japon vacillant des années 60, puis des années de vache maigre dans une industrie du manga qui broie sans aucun état d’âme les auteurs les moins reconnus, alors qu’Otomo vivait dans un quartier pour le moins populaire, avec tout ce que ça implique de violence larvée et de déchéance latente, on comprend qu’il ait eu bien des démons à exorciser. De plus, il reste indiscutable qu’il a mis le pied à l’étrier à de nombreux auteurs dont certains sont maintenant devenus cultes – on pense en particulier à Satoshi Kon dont le récent Paprika a beaucoup fait parler de lui, et pour de bonnes raisons – sans parler de toutes les vocations qu’il a inspiré, tant au Japon que dans le reste du monde, et dans le domaine de la BD comme celui du cinéma en particulier mais aussi de l’audiovisuel en général.

On a donc pu voir tout au long de ce dossier que l’influence d’Akira dépasse largement le cadre de la narration graphique japonaise, à la fois dans et hors de l’archipel : pièce maîtresse d’une œuvre devenue culte, c’est à la fois un carrefour des cultures et un objet de contemplation mais aussi l’égérie d’innombrables créateurs.

Bref, c’est un classique.

Sources

– « Akira » par Marc Toullec (Mad Movies n°70, mars 1991)
– « Akira » par Cyrille Giraud (Mad Movies n°71, mai 1991)
– « Akira : Versants cachés » par Marc Toullec (Mad Movies n°71, mai 1991)
– « Akira Production Report », le Making Of du film (Streamline Pictures, 1990)
– « Akira, un Succès mondial » par Alban (Animeland n°1, 13 avril 1991)
– Biographies de Katsuhiro Otomo : Akira 2019La Bédéthèque
BlueBlade Akira
Dossier cyberpunk chez Le Cafard Cosmique
– « Du Passé faisons table rase ? Akira ou la Révolution self-service » par Jean-Marie Bouissou (La Critique Internationale n°7, avril 2000)
– Fiches sur Katsuhiro Otomo : ANNAllocinéIMDb
– Fiches sur le film Akira : ANNIMDbAnimeLand
– « Histoire du manga » chez Glénat Manga
– « Katsuhiro Otomo parle ! » transcription d’un entretien avec le public lors d’un voyage à Barcelone (Animeland n°12, octobre/novembre 1993)
– « La petite Histoire du manga » par Jean-Marie Bouissou (Asia n°3, mars-mai 2008)
– « Moebius : Mon D.A. préféré, c’est Nausicaä ! », interview de Jean Giraud (Animeland n°1, 13 avril 1991)
– « Pourquoi les Japonais ont les yeux bridés » par Keiko Ichiguchi (Ed. Kana, coll. Kiko, 2007)
– Préface à « Mozart en Verres-Miroirs » par Bruce Sterling (Ed. Denoël, coll. Présence du Futur n°451, décembre 1987 ; réed. Gallimard, coll. Folio-SF, n°49, février 2001)
– « Rencontre avec le réalisateur culte Alejandro Jodorowsky », interview de Alejandro Jodorowsky chez Allociné (jeudi 28 décembre 2006)

Sommaire du dossier

Introduction

L’œuvre et son auteur
1) Avant Akira

2) Pendant Akira
3) Après Akira

Une œuvre cyberpunk ?
1) Cyberpunk et science-fiction

2) Cyberpunk et Akira

Les personnages
1) Tetsuo Shima

2) Kanéda Shotaro
3) Kay
4) Le Colonel Shikishima

L’image du surhomme
1) Akira et… Akira

2) Akira et Tetsuo

Conclusion et sources (le présent article)

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